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N°97 : QUI ÉTAIT MARIE EDOUARD LEON PIERRE NAUREILS ?



Nous avons déjà évoqué dans cette rubrique quelques personnages politiques qui ont construit la commune que nous connaissons aujourd’hui. Parmi ces personnalités, on citera bien entendu Léon Brouste mais aussi Henri Scognamiglio. L’histoire institutionnelle locale a aussi ses zones d’ombre. Qui a déjà entendu parlé de Léon Naureils, maire de Morcenx ?


Né le 31 octobre 1909 à Morcenx, il est décédé le 11 juin 1995 à Mont-de-Marsan à l’âge de 85 ans. C'est une figure locale intéressante, dont le parcours illustre parfaitement les complexités administratives et politiques de la France sous l’Occupation.

En effet, il a été nommé par décret par le gouvernement de Vichy en 1941 en remplacement de Léon Brouste qui avait été élu en 1936 et récupèrera son siège en 1944. Mais ce n’est pas tout. Léon Naureils a également été nommé conseiller départemental en 1943.


Sous le régime de Vichy, la démocratie municipale est suspendue. La loi du 16 novembre 1940 permet au gouvernement de nommer directement les maires et les conseillers municipaux dans les communes de plus de 2.000 habitants. Léon Brouste, maire socialiste (SFIO) et cheminot syndiqué à la CGT, est révoqué car il ne correspond pas aux critères de la "Révolution Nationale" prônée par Pétain. Le conseil municipal est donc dissous. La préfecture choisit Léon Naureils qui a alors 31 ans, un homme très jeune pour une telle fonction à l'époque, ce qui suggère qu'il jouissait d'une certaine influence locale ou de garanties de "loyauté" aux yeux du régime.


Dans la vie civile, Léon Naureils était huissier de justice. À cette époque, l'huissier est une figure centrale de la vie locale, un officier ministériel qui côtoie toutes les strates de la population. Son étude était solidement établie à Morcenx. C’est ce statut de notable, jugé stable et "respectable" par les autorités de l’époque qui a conduit à sa désignation. Marié dans la commune dans les années 30 à Marie-Thérèse Dupin, il incarne cette petite bourgeoisie morcenaise montante. Son père, Jean Naureils, était lui aussi une figure connue à Morcenx, travaillant comme comptable (ou commis) pour les industries ou le chemin de fer. La famille Naureils est installée à Morcenx à une époque où le bourg est en pleine expansion grâce au train. C’est ce statut de notable, jugé stable et "respectable" par les autorités de l’époque, qui a conduit à sa désignation… Le gouvernement de Philippe Pétain cherche alors des profils conservateurs ou jugés neutres pour administrer les communes.


En 1943, les Conseils Généraux (élus) sont remplacés par des Conseils Départementaux (nommés). Sa nomination au titre du canton de Morcenx par le secrétaire d’état à l'Intérieur confirme son intégration dans les cadres administratifs de l'État français dans les Landes. Il y côtoie d'autres notables locaux ralliés ou nommés par nécessité de gestion.


Le dénouement municipal intervient à la fin du mois d'août 1944, dans la foulée de la libération de Mont-de-Marsan par les Forces Françaises de l'Intérieur (FFI). Le maire nommé est destitué de ses fonctions par le Comité Département de Libération (CDL). Léon Brouste fait son retour immédiat à la mairie pour reprendre son écharpe de maire légitime. Il entame alors un très long mandat de reconstruction qui durera jusqu'en 1977. Léon Naureils se retire définitivement de la scène politique pour retourner à sa vie professionnelle et à ses engagements associatifs et régionaux. Le fait qu'il reste à Morcenx pour exercer son métier d'huissier après la guerre montre qu'il n'a pas été jugé comme un collaborateur zélé ou un dénonciateur (ce qui lui aurait valu le lynchage ou la prison), mais plutôt comme un "exécutant administratif". Le retour à ses activités associatives (parfois dans des cercles de chasse, de protection de la nature ou d'histoire locale) confirme cette volonté de normalisation.


Quelle a été l’action concrète du maire nommé par le pouvoir central ? En tant que maire nommé son autorité était strictement encadrée par la préfecture et les exigences des forces d'occupation allemandes. Les décisions municipales de l'époque se bornaient essentiellement à la gestion des pénuries, au rationnement de la population et à l'application des directives nationales imposées par l'État français. On a dit de lui qu’il était un « maire de transition » : La période 1941-1944 fut ainsi pour Morcenx une parenthèse de soumission administrative imposée, contrastant fortement avec la tradition ouvrière, syndicale et républicaine de la ville. Les archives publiques n'indiquent pas de grandes décisions réglementaires ou d'arrêtés municipaux précis pris par Léon Naureils en tant que maire de Morcenx. On peut même souligner une volonté de ralentir les chantiers engagés par Léon Brouste. Avant le déclenchement de la guerre, la municipalité de Léon Brouste avait lancé un grand projet moderniste : la construction d'un Complexe Municipal et d'une Bourse du Travail. Entre 1941 et 1944, ce chantier tourne au ralenti ou est suspendu à cause des pénuries de matériaux, des réquisitions imposées par les Allemands, et de la situation financière. Les bâtiments ne seront achevés et pleinement fonctionnels qu’après la Libération. Pour Léon Naureils, la tâche est d'autant plus ingrate qu'il doit gouverner face à une corporation de cheminots fortement syndiqués et pro-Brouste, sous l'œil méfiant des autorités allemandes qui surveillent le nœud ferroviaire stratégique de la gare de Morcenx.

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