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N°111 : SCIERIE LACAZE, MÉMOIRE ET LIGNÉE DU BOIS

il y a 24 minutes
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Dans le ciel des Landes, là où le pin maritime enlace l’horizon, subsiste un vestige du passé industriel. Même étêtée et amputée d'une grande partie de sa hauteur — comme en témoignent les clichés récents —, la cheminée des anciens ateliers Lacaze continue d'émerger au-dessus des toits de Morcenx. Autrefois haute et altière, aujourd’hui réduite à une stature plus modeste mais toujours debout, elle s’offre en repère mélancolique aux promeneurs. Elle demeure le dernier phare d’un monde disparu, le témoin silencieux d’un siècle où le cœur de la forêt battait au rythme des scies et des chaudières.


L’Odyssée de la Famille Lacaze


L’histoire du site s’écrit d’abord comme une saga familiale. Issu de la bourgeoisie montoise et avocat de formation, Étienne Lacaze (1890-1976) choisit, aux côtés de son frère Jacques, de lier son destin à la matière première du pays : le bois. Ensemble, ils façonnent un empire industriel partagé entre Saint-Perdon et Morcenx.

Dès le 19 mai 1924, les machines s'éveillent sous la bannière de la Société Lacaze et Fils. Le bois y est scié, raboté, façonné en charpentes de géants ou imbibé pour braver le temps. Au fil des décennies, l'entreprise change de mains, devenant Gaston Lacaze puis Bois & Parquets Français, sans jamais perdre son ancrage territorial ni l'élan créateur de ses fondateurs.

L'essor des ateliers Lacaze a été rendu possible par la proximité de la gare de Morcenx, véritable plaque tournante qui comptait plus de 300 cheminots au début du XXᵉ siècle pour l'expédition des produits forestiers.


Le Crépuscule et le Renouveau


Mais l’Histoire charrie ses tourmentes. En 1958, dans un élan de solidarité ouvrière, l’usine se métamorphose en coopérative. Les machines continuent d’apporter le pain, mais l’équilibre s’effrite. Malgré les projets et l'espoir, le glas sonne en 1976 avec le dépôt de bilan, scellant progressivement le crépuscule des grandes heures industrielles.

L’industrie du bois va résister, le temps de se reconvertir, mais les usines implantées en ville ou à proximité, usines de sciage et de transformation du bois, ferment les unes après les autres. Les établissements Beyria ferment en 1953, à la suite du décès de son fondateur Camille Beyria dit « Camilot ». Les établissements Saint-Jours, créés en 1911, envisagent une extension en 1969 et cessent leur activité à la fin des années 80.

Pourtant, la brique ne s'est pas effondrée. Là où grondaient jadis les moteurs, la fraternité a pris le relais : depuis 2012, les anciens ateliers accueillent le Secours Catholique, insufflant une mémoire vivante et solidaire dans ces murs centenaires.

Si sa silhouette s'est effritée avec les années et que la fière colonne de briques a perdu de sa hauteur, la cheminée continue d'éclairer la mémoire collective. Elle reste un symbole fort de l'âge d'or des Landes, rappelant à quiconque croise son tronçon obstiné que la grandeur d'un pays réside aussi dans le souvenir de ceux qui l'ont bâti.

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