N°110 : ROBERT ET MARIE DUPRÉ, L'AME ARTISTIQUE ET LA MÉMOIRE DU BRASSENX

Si le territoire landais a vu naître et grandir de multiples talents, peu de couples d’artistes incarnent aussi fidèlement l’esprit de la Haute-Lande que Robert Debart et son épouse Marie Dupré (née Marie Sourgen). Profondément enracinés dans leur terroir — entre Morcenx et Arjuzanx —, ils ont scellé au XXᵉ siècle un véritable attachement culturel et communautaire à leur région.
Robert Debart (1900-1976) : le « passeur de mémoire » d’Arjuzanx
Considéré comme une figure majeure de la mémoire iconographique locale, Robert Debart est un peintre et illustrateur intimement lié au village d’Arjuzanx. Surnommé le « passeur de mémoire », il s’est donné pour mission de fixer sur la toile un monde rural en pleine transformation.
À travers un style figuratif, très documenté et d’une grande valeur historique, il a immortalisé les paysages disparus, le patrimoine bâti et les métiers traditionnels de la Haute-Lande. Témoin de son temps, il a aussi capturé les mutations économiques majeures du secteur, notamment la fin de la Grande Forge et la transformation industrielle liée à l'exploitation du lignite.
L'ancrage d'Arjuzanx irrigue l'ensemble de son travail. Ses œuvres représentent les lieux emblématiques du village, tels que l’ancien moulin ou le Muleteur. Une fresque remarquable (Le Muleteur d'Arjuzanx, tableau de 2,1 m sur 1,3 m commandé en 1972 par le maire M. Léon Brouste) ornait la salle des fêtes. Une partie de ses témoignages visuels et de ses réconstitutions historiques de la vie agricole est aujourd’hui conservée au Musée de Laluque.
Contrairement aux artistes d'Hossegor focalisés sur la lumière du littoral, Debart reste un autodidacte de l'intérieur des terres. Il s'est attaché à sublimer le quotidien des Landais et à transmettre la dignité des travailleurs.
Marie Dupré / Sourgen (1912-2006) : l'élégance poétique de la Haute-Lande
L'histoire artistique de Robert Debart ne peut se dissocier de celle de son épouse, Marie Sourgen. Issue d’une célèbre dynastie d’artistes régionaux — fille du peintre Jean-Roger Sourgen (1883-1978) et amie proche du photographe Ferdinand Bernède —, elle s'inscrit au cœur d'un réseau intellectuel et créatif très actif dans la région.
Sous le pseudonyme de Marie Dupré, elle embrasse d’abord une carrière dans la haute couture parisienne avant d’explorer son propre talent artistique. Soutenue par son mari, elle crée des cartes poétiques peintes à l'aquarelle sur soie. Son travail rencontre un succès immédiat qui dépasse largement les frontières des Landes, jusqu'à l'international (expositions à Osaka, en Europe, et de nombreuses distinctions).
Auteure et poétesse, elle publie également le recueil La Forêt, illustré par son époux Robert, scellant dans les livres leur complémentarité artistique et leur passion commune pour la nature landaise.
Une mémoire locale à faire revivre
Témoins engagés de leur époque, Robert Debart et Marie Dupré ont su immortaliser avec fierté les visages, les gestes et l'histoire du Brassenx. Bien que qualifiés d'« artistes du Brassenx tombés dans l'oubli », la richesse de leur production visuelle et littéraire constitue un trésor inestimable pour Morcenx, Arjuzanx et l'ensemble de la région. Redécouvrir leur œuvre, c'est replonger aux sources de l'identité landaise.





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