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N°109 : CHATEAU DE MORÉ : SAUVER LA MÉMOIRE, BÂTIR L'AVENIR


Lorsqu’on évoque le domaine de Moré, on parle essentiellement de l’étang, de l’arboretum, des cantines scolaires ou encore du centre de loisirs… Désormais, on parle aussi des serres qui constituent le dernier aménagement réalisé sur le site. L’ensemble, qui appartient à la commune, est une destination de promenade prisée pour les Morcenais.


Au centre de ce domaine trône un bâtiment délabré… qualifié de château, qui ressemble davantage à une petite seigneurie. Le château de Moré était à l'origine le siège d'une caverie rattachée à la baronnie du Brassenx. Les bases du domaine ont été édifiées au XVIᵉ siècle (vers 1540) par Jehan de Lalanne. Il passe ensuite aux mains de figures locales, notamment Jean Duvignac en 1653 (juge royal et avocat au Parlement de Bordeaux, seigneur de Mauré et de Mimizan), puis à Jean Luxcey en 1765 (notaire royal et rédacteur du Cahier de doléances de Morcenx en 1789).


Intéressons-nous à ce corps central du domaine. Le bâtiment est aujourd'hui désaffecté et présente un état de vétusté marqué. Sa sauvegarde et sa restauration restent un sujet récurrent d'attention pour l’association Les Amis du Brassenx.


C'est une bâtisse à l'allure très campagnarde et sobre, construite en moellons de pierre et enduit. Les baies comportent des encadrements en pierre de taille (dont certaines sont aujourd'hui murées ou condamnées). Au fil des siècles, le bâtiment noble a été remanié et a pris un aspect d'exploitation agricole / grande métairie landaise, comme en témoigne la forme allongée de sa toiture et ses extensions.


Ce qui est remarquable, c’est la tour d’angle située à l’extrême gauche : la structure cylindrique en saillie qui domine la façade est une tour d'escalier d'angle. Typique des demeures seigneuriales et des petits châteaux landais de la fin de la Renaissance ou de l'époque moderne, elle abritait l'escalier à vis reliant les niveaux.

Au centre, on peut observer le corps principal (à étage) : c'était la partie maîtresse de l'habitation (le logis noble, puis la maison de maître/ferme). Les fenêtres de l'étage et du rez-de-chaussée abritaient les espaces de vie et de réception.

Au centre toujours, le pavillon d'angle/pigeonnier est une petite tour carrée surélevée faisant la jonction, qui servait très probablement de pigeonnier ou de tour de garde/réserve, signe distinctif des domaines seigneuriaux ou des grosses métairies landaises.

À droite, ce long bâtiment rectiligne (dépendances agricoles) couvert d'un toit à très faible pente est une extension beaucoup plus tardive (XXᵉ siècle). La succession régulière d'accès montre qu'il s'agissait de zones de travail compartimentées : stockage de matériel, grange, étables ou ateliers de transformation du domaine.

Si une partie de la bâtisse a été réhabilitée pour permettre des activités associatives, celle que chacun peut apercevoir à travers les ouvertures brisées des fenêtres est à l'état d'abandon avancé.


Les clichés pris de l'intérieur témoignent de la double histoire du lieu — entre aménagements modernes récents et dégradation structurelle. La présence d'étais métalliques de chantier sous la poutre en bois traversante indique des désordres sur la structure portante ou la charpente/plancher supérieur. Le bâtiment a dû être sécurisé en urgence pour éviter tout effondrement localisé. Le plafond présente des écaillages massifs d'enduit et de peinture dus à des infiltrations d'eau prolongées. Le sol est jonché de débris, de plâtre et d'enduits tombés.

La cheminée rustique à manteau de briques rouges et colonnettes blanches (visiblement ajoutée ou remaniée au XXᵉ siècle) rappelle la vocation résidentielle ou d'accueil du site. Elle est aujourd'hui condamnée. On note la présence d’un radiateur en fonte pour chauffage central à eau chaude, des néons au plafond et un détecteur de fumée. La présence d'une petite chaise pour enfant et d'un lit de camp tubulaire bleu suggère une occupation temporaire (squat, stockage de matériel ou réutilisation associative ponctuelle avant fermeture).

Ces vues intérieures confirment que le bâtiment nécessite une réhabilitation lourde (reprise de structure, mise hors d'eau, purge des plâtres et réfection complète des fluides) si une réaffectation est envisagée.


Ce bâtiment est constitutif du patrimoine morcenais. Son état d’abandon actuel résonne comme une insulte à la mémoire du lieu et aux générations qui s'y sont succédé. Pourtant, sauvegarder un tel édifice ne relève pas d'une simple nostalgie : la préservation du patrimoine local est indispensable pour ancrer l'identité d'un territoire et transmettre son histoire aux futures générations.


Mais au-delà du devoir de mémoire, investir dans la restauration de ces monuments "historiques" constitue un formidable levier de développement. Reconvertir un tel site ne doit pas être vu comme une dépense, mais comme une opportunité : transformer des vieilles pierres en un lieu d'animation culturelle redonne de la vie au territoire et renforce son attractivité touristique. On ne peut dès lors qu'être surpris que la commune de Morcenx n'ait pas saisi cette évidence. Le château de Moré offrait pourtant le cadre parfait pour aménager un centre culturel ou un petit musée dédié à l'histoire locale, racontant le Brassenx, la vie rurale d'autrefois et le développement de la commune.


Il est encore temps d'agir. Sa rénovation doit impérativement s'inscrire dans un projet global et ambitieux, qui ferait du domaine de Moré une destination familiale, culturelle et touristique unique, venant en parfaite complémentarité avec le site voisin d’Arjuzanx.

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