N°93 : LE CHATEAU D'AGÈS, JOYAUX PATRIMONIAL DE MORCENX-BOURG
- La Nouvelle Morcenx
- il y a 20 heures
- 4 min de lecture

Le Château d'Agès (souvent orthographié Ajes localement) est l'un des joyaux patrimoniaux de Morcenx-Bourg. Contrairement aux châteaux forts médiévaux, il s'agit d'une demeure de plaisance et d'apparat qui témoigne de la richesse des grandes familles landaises avant la révolution industrielle. Le château actuel date principalement du XVIIe et du XVIIIe siècle. Son architecture est typique des maisons de maître de la Haute Lande comprenant un corps de logis (une construction élégante et sobre, avec une façade symétrique) et un parc (célèbre pour ses arbres séculaires, notamment des chênes majestueux qui entourent la demeure, créant une atmosphère de « clairière aristocratique » au milieu de la forêt). Ce petit château de caractère témoigne de la vie d'un domaine sous Napoléon III, époque de mutation de la grande Lande en plus grand massif forestier d'Europe. Le chemin de fer qui s'implante amènera les pierres de la façade du château depuis la lointaine Charente alors que les ardoises seront acheminées depuis Angers. S’il a conservé son allure classique, il a subi des remaniements au fil des siècles pour s'adapter au confort moderne de ses propriétaires successifs.
Au XIXe siècle et au début du XXe, le Château d'Agès était le centre d'une vie sociale intense. On y recevait la haute société landaise. C'était un contraste frappant avec la rudesse de la vie des bergers et des résiniers qui travaillaient dans les environs. Le domaine comprenait des dépendances agricoles, des écuries et des métairies qui faisaient vivre de nombreuses familles aux alentours.
Le château et son parc ont été une source d'inspiration (ou du moins un décor récurrent) pour les photographes et les collecteurs de mémoire comme Félix Arnaudin. Il représentait cette « Lande de pierre et de prestige » qui contrastait avec les bergeries en bois et en chaume qu'il aimait tant photographier.
Aujourd'hui, le château d'Agès est une propriété privée. Bien qu'il ne se visite pas comme un monument public, il reste l'élément central du paysage de Morcenx-Bourg. Il est situé à proximité de l'église Saint-Vincent, formant avec elle le cœur historique du village.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, comme beaucoup de grandes demeures situées près des nœuds ferroviaires stratégiques (la gare de Morcenx), le château a attiré l'attention des forces d'occupation pour y loger des officiers, avant de redevenir un havre de paix à la Libération.
Le château tire son nom de la famille d'Agès, une lignée de la noblesse de robe et d’épée locale très influente dans la région. Pendant longtemps, bien qu'ils ne soient pas des noms célèbres à l'échelle nationale (comme les Albret ou les Montmorency), les membres de cette famille ont occupé des fonctions de notables, de magistrats ou de militaires, régnant sur la vie sociale et politique de Morcenx-Bourg pendant plusieurs siècles. Leur présence au Bourg explique pourquoi celui-ci est resté le centre « noble » et intellectuel de Morcenx pendant que le quartier de la Gare devenait le centre ouvrier.
Les d'Agès étaient avant tout des seigneurs fonciers. À une époque où la richesse se mesurait à la possession de la terre, ils détenaient une grande partie des métairies (fermes) autour de Morcenx. Leur influence reposait sur la gestion de la forêt de pins (bien avant la loi de 1857) et sur l'agriculture pastorale. Comme beaucoup de familles nobles de province sous l'Ancien Régime, les d'Agès se distinguaient dans deux domaines : la Justice (plusieurs membres de la famille ont occupé des charges d'avocats au Parlement ou de magistrats locaux. Ils représentaient l'autorité royale et judiciaire dans le secteur) et l’Armée (on retrouve des d'Agès comme officiers dans les régiments du Roi. C'était le passage obligé pour maintenir le rang et le prestige de la famille). Quelques noms ressortent souvent dans les archives généalogiques de Morcenx : Jean-Dieudonné d'Agès (il est souvent cité dans les actes du XVIIIe siècle comme le pilier de la famille à Morcenx-Bourg. C'est sous son « règne » que le château a pris une part importante dans l'urbanisme du village) et par alliances matrimoniales les de Laborde ou les de Dampierre (grandes familles landaises voisines qui ont permis de créer un réseau d’influence qui s’étendait de Dax à Mont-de-Marsan).
Les d’Agès ont également eu une rôle religieux et paroissial. En tant que seigneurs locaux, ils possédaient souvent leur propre banc dans l'église Saint-Vincent ou des droits de sépulture privilégiés. Ils ont été, durant des siècles, les protecteurs de la paroisse, finançant parfois des travaux de restauration ou des objets liturgiques.
A la Révolution française leur domination a été ébranlée, mais c'est surtout le XIXe siècle qui a marqué la fin de leur suprématie absolue. L'arrivée du chemin de fer a déplacé le pouvoir économique vers le quartier de la Gare. Alors que les d'Agès représentaient l'ordre ancien (la terre, la noblesse, le Bourg), une nouvelle classe de bourgeois industriels et de commerçants est apparue à Morcenx-Gare. Aujourd'hui, la famille d'Agès a laissé son nom au château, mais aussi à la mémoire collective de Morcenx. On se souvient d'eux comme d'une aristocratie de village, parfois austère mais protectrice, qui a permis au Bourg de conserver son allure de village de caractère face à l'urbanisation rapide du centre-ville actuel.
Si vous visitez le cimetière du Bourg ou l'intérieur de l'église, vous pourriez encore trouver des plaques ou des inscriptions rendant hommage à certains membres de cette lignée qui a « fait » Morcenx avant que le train n’arrive.





Commentaires