N°64 : ADRIENNE BOLLAND DANS LE CIEL DE MORCENX
- La Nouvelle Morcenx
- 6 juil. 2025
- 3 min de lecture

Nous sommes le 18 décembre 1927 et dans le ciel de Morcenx se produit un étrange spectacle, celui d’un meeting aérien mené par Adrienne Bolland et son équipe. Ce nom ne vous est peut-être pas familier mais il incarne pourtant une grande figure de l’aviation française et le fait d’effectuer cette démonstration arienne dans le ciel morcenais a un rapport direct avec l’inauguration programmée d’un aéro-club à Mont-de-Marsan l’année suivante.
Pour préparer l’événement, la pilote décide de réaliser des fêtes aériennes dans les villes alentours avec 2 avions de type Caudron. Qui était cette aviatrice pionnière et téméraire aux multiples exploits ?
En 1920, elle obtient son brevet de pilote. Elle est la quinzième femme au monde à obtenir ce sésame. Elle fait la connaissance de René Caudron, fabricant d’avions qui lui propose de participer à des meetings aériens pour faire connaître ses appareils.
Douée, elle pratique des loopings impressionnants et battra même des records mondiaux dans ce domaine après son aventure en Amérique latine.
En avril 1921, elle est la première femme à traverser la Cordillère des Andes non sans avoir rencontré des difficultés organisationnelles majeures dues au froid et à l’altitude.
Adrienne organise des baptêmes de l’air pour vivre de sa passion et visite les aérodromes français. Ses exploits lui valent d’obtenir la légion d’honneur en octobre 1927. Elle épouse Ernest Vinchon en 1939 et le couple organise des spectacles d’acrobaties et de voltige partout en France. Le résultat économique n’est pas au rendez-vous. Adrienne échappe même à un accident grave suite à un sabotage sur son avion.
Féministe engagée dans les combats du Front populaire et notamment la défense des droits des femmes, elle milite contre le franquisme et deviendra aussi une résistante active dès 1940 comme opératrice radio, en diffusant des journaux clandestins, en créant des centres de résistance.
Tout au long de sa vie, Adrienne s’implique dans la vie associative. Elle est soutenue par Pierre Mendes-France et obtient une pension en 1954, ses revenus étant très faibles. En 1956, elle est faite Commandeur de la Légion d’honneur pour avoir entre autre « promené dans tous les cieux le pavillon français ». Elle témoignera jusqu’à son décès en 1975 de ses expériences, de ses voyages et soutient la fondation de la Vocation qui encourage les projets des jeunes. Elle dira en conférence de presse à ce dernier sujet : « Il faut que les jeunes osent : ceux qui ne risquent rien n’arrivent nulle part ».
Revenons à sa présence à Morcenx. C’est à travers des recherches documentaires que J.C Coumailleu pour les Amis du Brassenx a trouvé « une demande d’autorisation pour utiliser l’ancien terrain des sports afin d’organiser une manifestation aéronautique ». La préfecture donne son accord sous réserve qu’un fossé soit creusé autour du terrain d’atterrissage pour protéger le public. Le Maire Saint-Jours décide d’interdire la circulation des véhicules et des piétons sur « tout le territoire de la commune compris dans un rayon de 1 kilomètre autour de l’ancien terrain de football (route de Nazères), sauf pour les personnes se rendant au meeting d’aviation et munies de billets ».
Il n’existe pas de témoignages précis sur le meeting organisé en décembre mais Adrienne a décrit le déroulé habituel de ses manifestations : « Naturellement, pour les petites villes où nous allions nous produire, notre arrivée était une véritable fête. Chaque pilote arrivait avec son avion, la veille, en général. Nous étions reçus en fanfare par les autorités, qui nous offraient un repas somptueux. Nous mangions le plus possible, en prévision des vaches maigres. On nous logeait dans le meilleur hôtel. Et dès le lendemain matin, nous commencions à voler au-dessus de la ville, pour rappeler aux gens ce qui allait se passer l'après-midi. Presque toujours, l'un de nous lançait un petit parachute assez haut au-dessus de l'agglomération et celui, ou celle, qui le rapportait avait droit à un baptême de l'air gratuit. Toute la ville commençait alors à lever les yeux vers le ciel, et nous aussi, mais pas pour les mêmes raisons. Car tout se jouait pour nous sur le temps qu'il ferait l'après-midi : s'il était mauvais, nous savions que les gens ne viendraient pas et que la recette serait mauvaise. Une averse et c'était le désastre ».
En 2005, la Poste édite un timbre à l’effigie de la « déesse des Andes » et de son exploit à 4000 mètres d’altitude.





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