N°58 : DEUX MORCENAISES AU DESTIN EXCEPTIONNEL : CORA ET MARIE LAPARCERIE
- La Nouvelle Morcenx
- 25 mai 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 juin 2025

Qui n’a pas déjà entendu parlé de la famille Laparcerie et notamment des soeurs Cora et Marie, nées toutes deux à Morcenx, deux femmes au destin exceptionnel ? Cora, comédienne, directrice de théâtre, née en 1878 fera une carrière internationale, souvent comparée à celle de Sarah Bernhardt… Marie connaîtra la renommée par son militantisme pour la défense de la cause des femmes. Elle sera attachée de presse de sa soeur, écrira 12 romans entre 1901 et 1931 et créera le journal « La Tribune Libre des Femmes ». Certains même pensent que ses écrits ont inspiré Simone de Beauvoir. C’est l’incarnation du féminisme moderne, des causes humanistes. Ses livres ont été publiés par les plus grandes maisons d’édition parisiennes.
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Victor-Joseph Laparcerie est né à Dax le 21 juillet 1845. On le présente comme « maitre de chai ». Il exerce la profession de tonnelier à Arjuzanx puis à Morcenx. Il décède à 69 ans dans le Finistère.
Catherine, Victorine Guillaume est née à Morcenx le 24 juillet 1854. On la présente comme ménagère ou couturière et enfin habilleuse de théâtre. Elle décède en février 1945 à Pau.
Ils sont parents d’Emile-Etienne né à Arjuzanx le 23 juin 1873, boulanger, de Marie-Caroline (dite Cora) née à Morcenx le 5 novembre 1875 et enfin de Marie née à Morcenx le 16 juillet 1878.
Nous n’avons pas d’informations sur le fils ainé mort très jeune selon les propos de Marie.
PARTIE 1 : MARIE, UN COMBAT FÉMINISTE D’AVANT-GARDE
Alors que les biographes ont essentiellement travaillé sur le parcours de Cora, celui de Marie mérite tout autant d’intérêt pour sa richesse et son impact sur la société. Ces deux femmes ont eu un destin passionnant et intimement lié. Si Morcenx n’a pratiquement jamais été cité dans leur récit personnel c’est en raison semble-t-il avant toute chose de l’image provinciale dégradée que pouvait avoir les Landes à cette époque. La référence aux origines des artistes devenues célébrités de la société parisienne est donc minimisée.
En 1896, à 18 ans, Marie est déjà à Paris, employée comme « Demoiselle du Téléphone ». En 1902, elle monte sur les planches avec sa soeur Cora comme en atteste un article du journal « Le monde artiste » dans le cadre d’un gala de solidarité au Théâtre du Casino. Même si elle se produira à plusieurs reprises devant du public, la vocation de la jeune femme s’oriente davantage vers l’écriture.
Elle débute sa carrière littéraire au journal féministe « La Fronde » fondé en 1897. Décrié pour ses engagements, le quotidien dirigé et administré par des femmes est une tribune qui connaît un fort impact avec un tirage quotidien de 50.000 exemplaires. Marie y signera un papier qualifié d’historique « Les demoiselles à marier » dans lequel elle invite à l’émancipation des femmes par le travail. La jeune journaliste rejoint ensuite le quotidien populaire « La Presse » dans lequel ont écrit de grandes plumes comme Victor Hugo ou Alexandre Dumas. Elle est en charge du « grand reportage » et sa rubrique de reporter « La Femme à Paris » permet de mettre en lumière la situation difficile des mendiantes, chiffonnières, perlières, naines… Ses articles décrivent avec précisions et empathie des situations et donnent la parole à celles qui ne l’ont jamais.
Elle réalise aussi des interviews de personnalités pour la rubrique « Leur enfance » ou encore pour la rubrique « Visites parisiennes ».
En 1905, elle réalise aussi en enquête qui fera date sur la situation des secours aux blessés dans les hôpitaux qu’elle visite.
Rapidement elle est invitée à signer des articles dans différents journaux « Le Soir », « Comoedia »… Son champs d’intérêt se diversifie et son avis compte désormais dans la société de la Belle époque puisqu’on la consulte sur divers sujets : en 1903 on lui demande ce qu’elle pense du corset, en 1928 du divorce et la libération des corps…
Elle poursuit sa contribution auprès de nombreux journaux : elle rédige des biographies sur les comédiennes d’antan pour « La nouvelle revue littéraire » et propose des feuilletons dans « le Journal Amusant ».
Depuis 1904, Marie occupe également un poste traditionnel réservé aux hommes, celui de secrétaire général du théâtre du Moulin Rouge. Elle exercera cette fonction dans d’autres lieux prestigieux de la capitale. Bonne connaisseuse du monde théâtral, Marie s’occupe de la communication et s’emploie même à écrire des pièces de théâtre.
En 1907 elle épouse Lucien Gex avec lequel elle a un fils Jean.
A 22 ans, Marie écrit « L’Audition ». C’est un succès. Les critiques emballent : « la voila hissée sur la Butte Sacrée où ont fleuri tant de talents », « si Mme Cora Lapercerie connaît la gloire comme interprète… sa soeur saura trouver une place au firmament des lettres… », « triomphe du féminisme… ». D’autres expériences théâtrales suivent notamment « Être ou ne pas l’être » en 1914.
Au lendemain de la guerre, face à une situation économique difficile, divorcée et avec un enfant à élever, Marie entame une nouvelle carrière de chansonnière. Elle écrit et interprète dans les cafés-concerts six textes sur la vie conjugale mis en musique par le compositeur René de Buxeuil. Elle écrit aussi pour d’autres artistes comme la célèbre cantatrice Mado Robin. Le trac paralyse Marie qui préfère écrire.
À suivre…
PARTIE 2 : MARIE, UNE JOURNALISTE ET ÉCRIVAINE LIBRE
Illustration : Marie, Cora, Catherine, Victor et leur maison natale de Morcenx qui accueille aujourd’hui une pâtisserie.





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