N°26 : LES RÉSINIERS DU XIX SIÈCLE AU XXI SIÈCLE
- La Nouvelle Morcenx
- 29 sept. 2024
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Une terre, un département, une forêt, c’est quoi Les Landes ? Une contrée bleue comme le bleu de la mer, puis jaune comme le sable de ses dunes, et verte comme son immense forêt de pins. Et pour s’occuper de cette forêt, qui avait-t-il après que Napoléon III eut décidé au 19ème siècle d’assainir les landes en plantant des pins? Des résiniers, aussi appelés gemmeurs, des hommes dont le métier a aujourd’hui disparu, mais qui fût celui de nos anciens.
C’était encore hier que les résiniers se levaient à l’aube, qu’ils attachaient leurs mules drapées dans des mantilles à franges posées sur leurs fronts pour écarter les mouches, et qu’ils partaient en forêt chaussés de bottes en emportant le fusil pour tirer quelques lapins, la gibecière en travers pour porter le casse-croûte de dix heures. Ils n’oubliaient jamais de se munir d’un bâton de marche pour écarter parmi les fougères la couleuvre alanguie ou bien trouver en fonction des saisons quelques cèpes oubliés par des promeneurs trop rapides.
Une dure journée de marche les attendaient, car pour que ce soit rentable il fallait saigner au moins 7000 arbres sur toute la saison. Alors, ce n’était pas le moment d’oublier le casse-croûte au jambon de Bayonne préparé par l’épouse, et la bouteille du dernier vin de la treille, une piquette terrible qui retournait les boyaux, mais qu’ils faisaient semblant d’apprécier quand même.
Armés d’un «hapchot» (outil du résinier), et après avoir attachés «le bros» (charrette) aux culs des mules, tous les quatre à huit jours, les résiniers effectuaient dès le printemps des piques sur les troncs des arbres, sorte de saignées, de manière à ce que le pin sécrète sa sève, appelée gemme. ils plantaient aussi des pointes dans le tronc des arbres pour tenir les pots en terre qui allaient servir à la récolte de la gemme. C’est ainsi que le procédé de gemmage s’est généralisé pour devenir une vraie activité industrielle dans toute l’Aquitaine jusque dans les années soixante dix.
Régulièrement de mars à octobre leur travail consistait donc à rafraichir la care, la blessure, pour récolter encore plus de gemme. En même temps, ils ramassaient les «galips» ou «jemelles», morceaux d’écorces remplis de gemme et enlevés lors de la pique, pour allumer le feu de cheminée durant l’hiver. Les femmes lorsqu’elles accompagnaient les résiniers, montaient sur le bros et préparaient les sacs de toile de jute pour le ramassage des pignes ou pommes de pins, pour démarrer les feux de cheminée durant l’hiver.
La récolte de la gemme nommée «l’amasse» consistait à remplir des «escouartes» , barriques de bois ou de zinc de seize litres pour être acheminées vers les distilleries afin d’obtenir deux composés utiles à l’industrie : la colophane, et l’essence de térébenthine.
Fin novembre, les résiniers partaient « barrasquer ». Le « barrasquage » consistait à nettoyer, en la raclant, la résine résiduelle qui restait collée la care, mais aussi ils allaient entretenir la forêt en procédant à des coupes, ou en abattant des arbres trop vieux ou morts.
Souvent le résinier était également métayer. Il travaillait sur sa ferme pour un maître qui était son patron, et à qui il devait une partie de ses récoltes et de ses productions. Il cultivait les terres qu’il avait en fermage, semait le foin, le regain, le maïs et l’orge pour nourrir les animaux de la ferme, et élevait vaches, cochons, dindons, poules et lapins. Il vivait en autarcie complète, labourant la terre avec un cheval qui tirait un soc, et faisait ses foins lui-même. C’était un agriculteur confirmé, mais aussi un éleveur, et un sylviculteur.
Les résiniers se reconnaissaient par leurs mains très abimées par la résine dont il était difficile de se défaire, même en les frottant beaucoup, et leurs doigts très gonflés et fissurés aux phalanges à cause de l’acide sulfurique qu’ils utilisaient parfois pour activer et augmenter la production et la récolte de la gemme. C’est cet acide sulfurique qui a d’ailleurs conduit à la mort les petits écureuils roux qui venaient boire l’eau des pots de résine, eau malheureusement toxique.
On comptait 16 500 gemmeurs en 1950, mais plus aucun en 1990, car bien que l’exploitation de la résine ait fourni du travail à un grand nombre d’ouvriers, l’arrivée des résines de synthèse dans les années 1960 a mis fin à cette filière d’exploitation de la forêt, et le métier de gemmeur a disparu.
Notre commune a elle aussi été frappée par cette crise. En 1938, les gemmeurs se syndiquent, et se fédèrent en une «Union départementale des syndicats confédérés » dont le siège est fixé à Morcenx. Mais malgré des actions politiques fortes durant des années, le métier de gemmeur disparait peu à peu.
C’est ainsi qu’à Morcenx les établissements Beyria ferment en 1953, à la suite du décès de son fondateur Camille Beyria, dit « Camilot », et que l’usine Lacaze qui connaissait des difficultés dès les années 60 dépose le bilan en 1976, malgré une tentative de reprise en Coopérative. De même, les établissements Saint-Jours, créés en 1911, qui envisageaient une extension en 1969, cessent leur activité à la fin des années 80. De l’autre côté de la voie ferrée, dans l’actuel quartier de Cigales, il ne reste plus rien de l’usine de Bernard Lespez, à Gironsacq, et de celle de Maurice Labadie au Cachen.
Toutefois, l’association « Gemme la forêt d’Aquitaine, crée en 2014 qui a pour but de promouvoir la relance du gemmage en Aquitaine avec une technique nouvelle « en vase clos » permettant une collecte rationnelle de la résine dans des poches hermétiques, avec pour finalité la production d’une résine d’une grande pureté, relance l’intérêt pour les métiers du bois dans notre région.





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