N°21 : LES MAISONS RONDES DE LA CITE DES CHÊNES
- La Nouvelle Morcenx
- 25 août 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 sept. 2024

Morcenx connaît son âge d’or avec et grâce à la Centrale EDF. Il faut loger les employés. Pour les cadres, on imagine alors la construction d’un quartier spécifique, ce sera la Cité des Chênes.
Sa particularité ? La création de 19 maisons rondes. On doit cette idée très novatrice à l’époque à l’architecte André Bergès, par ailleurs architecte de la piscine olympique morcenaise, mais aussi à Raoul Waroux, ingénieur chez EDF, dont les enfants possèdent encore quelques maquettes de ce patrimoine contemporain aujourd’hui disparu. En effet, après la fermeture de la Centrale, EDF décide de vendre les maisons à l’Office public de l’habitat des Landes qui les transforme en logement sociaux. En 2014, on prend la décision de les « déconstruire ».
DE L’ESTHETIQUE DE L’HABITAT….
Le chantier commence en 2016, où il est demandé alors à Valérie Champigny, plasticienne documentaire, d’effectuer un temps de résidence pour capter la mémoire du quartier avec la participation du CFA du BTP de Morcenx, de la médiathèque et du Mutuum régional.
Celle-ci constate : « Peu de démarches ont valorisé cette architecture locale symbolisant une utopie moderniste qui peut rappeler les architectes Messidor (Boullée, Lequeux ou Ledoux) ou encore dans les années 50 les « bubbles houses » d’Eliot Noyes. La répartition des dix-neuf maisons rondes en ilot, et l’histoire de la mine, créent l’illusion qu’une vie souterraine est directement reliée à ce territoire, donnant ainsi libre cours à un imaginaire ». Tout en interrogeant les derniers habitants, elle précise : « Il s’agit dans cette phase de requalification de la cité de conserver une mémoire visuelle de cette esthétique de l’habitat à travers un point de vue singulier mais aussi d’apporter un regard plus large, voire didactique sur ces curiosités urbanistiques ».
PUIS LE DECHIREMENT
Devait-on déconstruire ou rénover ces maisons originales, qualifiées par certains de « soucoupes volantes » ? Les avis divergent. XL habitat estime que leur performance énergétique médiocre nécessiterait des travaux qui coûteraient deux fois plus cher que de les raser. Pour les habitants, c’est un véritable déchirement : « Je n’ai pas du tout envie de partir » dira Sébastien au quotidien Sud Ouest. Le Maire de l’époque confirme : « Si d'autres ensembles pavillonnaires construits par EDF ont trouvé preneur, personne n'a voulu des maisons rondes, trop grandes et mal isolées ». Fin 2015, 17 logements sont encore occupés par des locataires. Sud Ouest témoigne : « Bleu lavande, rouge, vert délavé, vert bouteille... Chaque maison a des volets et des portes d’une couleur différente, comme pour mieux les distinguer. Jardins en friche, volets fermés, absence totale d'objets de la vie quotidienne... Les maisons qui ont vu leurs derniers locataires les quitter se repèrent facilement. À côté de ces vides, voitures, barbecues, chiens, poussettes et fenêtres grandes ouvertes signalent qu'il y a toujours de la vie ici. Inhabitées ou occupées, toutes les maisons se sont vues peindre un numéro bleu sur leur mur, comme si elles étaient marquées du sceau de l’infamie ». On presse les locataires de quitter les lieux en les relogeant (à Morcenx lorsque c’est possible).
ET LE TEMPS DES REGRETS ET DES PELLETEUSES
Sur le blog « Architectures de cartes postales » on peut lire : « On le sait notre Patrimoine architectural moderne et contemporain est menacé. Il l'est d'autant plus qu'il concerne des constructions modestes, de peu, des petites choses perdues qui n'ont pas eu la chance d'avoir comme créateur des grands noms évocateurs d'histoire de l’architecture…Il est alors devenu presque naturel aujourd'hui lorsqu'une œuvre de ce type est détruite de voir se mettre en route le travail mesquin de la Mémoire comme consolation à l'inertie des pouvoirs publics et privés et même à leur complicité. C'est le cas ici : Nous sommes devant la Cité des chênes à Morcenx dans les Landes, Cité dite « des maisons rondes »… Certes, il n'est pas question ici de crier au génie architectural de cette Cité des chênes, ni même de croire que ces maisons seraient des éléments historiques de premier ordre mais il est tout de même intéressant de se poser les questions de leur fondation, du sens de leur architecture, de la particularité de leur plan, bref de l'histoire de cette particularité et originalité qui, avouons-le, ne débordent pas outre mesure à Morcenx… Comment peut-on devant un ensemble aussi bien constitué, aussi étrange même, aussi unique en France ne pas se poser la question de leur pérennité ou du moins de leur maintien dans le paysage et donc dans notre histoire ?
À l'heure de la peste pavillonnaire qui envahit nos paysages en France sous le lobby des lotisseurs soutenus par les mairies friandes de jeunes couples avec enfants venant remplir les écoles, il pourrait tout de même y avoir là une réponse historique, une culture architecturale à préserver pour évoquer d'autres modèles, d'autres styles et d'autres politiques du logement… Et non… Alors on émet les regrets, on fait semblant d'être sensible pour ne pas dire la vérité. Celle d'un profond désintérêt camouflé en démagogie culturelle, celle d'un promoteur louchant sur les terrains. « Oh mais rassurez-vous, on gardera les histoires, on enregistrera les paroles, on fera une œuvre contemporaine avec une artiste qui sera toute contente de dire, sur le cadavre, qu'elle a produit une œuvre pour dire combien on regrette l'arrivée des pelleteuses, on versera la larme démagogique puissante, celle qui rince l'histoire au profit du... profit ».
Pourquoi ne pas réhabiliter ? Pourquoi ne pas assumer l'héritage ? Pourquoi ? On a les réponses, toujours les mêmes : le coût. Ce coût que personne ne veut prendre en charge simplement parce que, voyez-vous, il est l'excuse première, rapide, simple et imparable. Pourtant, il existe des intelligences et des procédés pour restaurer, réhabiliter, inventer même des transformations mais il faut chercher, éduquer, prendre du temps que personne ne veut avoir simplement parce que, comme d’habitude, il faut faire vite pour remplacer des années d'inactions et de prévoyance sur des bâtiments que l'on n'a pas su regarder, aimer et penser comme des agents patrimoniaux ».
XL Habitat décide de construire 12 logements à louer et de vendre à des privés 23 lots viabilisés à construire. Le lotissement sort de terre rapidement. Avril 2022, le conseil municipal décide de rebaptiser le nom des rues, effaçant définitivement toute trace d’un demi-siècle d’histoire locale, entre grandeur et décadence.
« Se souvenir est facile pour ceux qui ont de la mémoire, mais oublier est difficile pour ceux qui ont du coeur » Gabriel Garcia Marquez.





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