N°114 : LA GRANDE TRADITION DES FOIRES ET DU FOIRAIL A ARJUZANX

Bien avant l'essor ferroviaire de Morcenx, Arjuzanx était le centre névralgique et administratif du canton. Bénéficiant d'une position de carrefour entre la Haute-Lande, le Marensin et la Chalosse, le bourg a accueilli pendant des siècles des foires franches et des marchés aux bestiaux de premier ordre. L'origine de ces foires d'Arjuzanx remonte à l'Ancien Régime, sous l'autorité des barons d’Arjuzanx (famille de Monbrison notamment). L'octroi de droits de foire permettait de percevoir des taxes sur les marchandises tout en assurant l'approvisionnement du secteur. Au XIXᵉ siècle, le calendrier est scrupuleusement fixé par arrêté préfectoral. Arjuzanx compte alors plusieurs grandes foires annuelles, réparties au fil des saisons pour correspondre aux cycles agricoles : la foire du printemps (achat des animaux de trait et des semences), les foires d'été et d'automne (vente des produits de la ferme, négociation des lots de laine, de bois et de résine).
Ces foires se tenaient sur le grand champ de foire (le foirail) situé à proximité du bourg et de l'église Saint-Martin. Les rassemblements drainaient une foule considérable. On y trouvait trois grandes catégories. Le bétail et les attelages constituaient le cœur des transactions. On y vendait des bœufs de travail (essentiels pour le charroi des grumes de pin), des vaches landaises, ainsi que de grands troupeaux de moutons de la Lande rase avant la généralisation du pignada.Les produits du gemmage et du bois : Les propriétaires forestiers et les résiniers y rencontraient les acheteurs et facteurs de résine pour négocier la barrique de gemme, les poteaux de mine et le bois de charpente.L'artisanat et la fourniture rurale : Maréchaux-ferrants, bourreliers, charrons et marchands d'outils (hapchots pour le gemmage, toupins, pelles) y tenaient étal.
La foire d'Arjuzanx n'était pas qu'un événement commercial ; c'était un haut lieu de la sociabilité rurale qui répondait à un véritable rituel : Les affaires ne se concluaient jamais à la hâte. Après de longues discussions sur le foirail, acheteurs et vendeurs se rendaient dans les auberges du bourg d'Arjuzanx. La transaction se scellait par le « touche-main » (la poignée de main rituelle) et le verre de l'amitié, souvent autour d'un repas copieux.Dans des villages parfois isolés, la foire était l'occasion de prendre des nouvelles des familles du canton, d'arranger des mariages, de régler des litiges fonciers ou de prendre connaissance des arrêtés administratifs.
L'âge d'or des foires d'Arjuzanx commence à s'estomper à la fin du XIXᵉ siècle en raison notamment de la concurrence du rail (l’arrivée du chemin de fer en 1854 déplace le cœur marchand vers la gare de Morcenx), la fin du système agro-pastoral (l’extension massive de la forêt de pins, suite à la loi de 1857, réduit l'élevage ovin et bovin au profit de la sylviculture) mais aussi l’arrivée d'EDF (l‘ouverture de la mine de lignite en 1958 transforme définitivement l'économie d'Arjuzanx, faisant passer le village de l'ère des foires rutilantes à l'ère industrielle).
Si les rassemblements d’Arjuzanx appartiennent désormais au passé, cette grande tradition rurale perdure tout près d'ici avec la célèbre foire de la Saint-Michel à Ousse-Suzan. Chaque 29 septembre, cet événement pluricentenaire perpétue l'esprit des grandes foires landaises en réunissant des centaines de marchands, d'artisans et de visiteurs au cœur de la forêt. Preuve des liens intimes entre ces traditions et leur environnement naturel, la foire a malheureusement dû être annulée en 2026 en raison des risques accrus de feux de forêt. Un rappel brutal que cet héritage séculaire reste entièrement tributaire du climat et de la préservation du pignada.





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