N°113 : L'ANCIEN ABATTOIR ET SON LAVOIR, DE L'EAU AU PATRIMOINE

Inauguré en 1868, l’ancien abattoir municipal de Morcenx constitue l’un des tout premiers témoignages de l’essor urbain du quartier de la Gare. Édifiée en moellons de pierre au bout de ce qui deviendra le chemin de l’Abattoir, cette bâtisse incarnait la modernité et le développement des services publics morcenais dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle. Mais l'abattoir ne travaillait pas isolé : juste à ses côtés se dresse le lavoir municipal, un autre témoin essentiel de la vie quotidienne de cette époque.
Une implantation dictée par la logique sanitaire et la présence de l'eau
À leur inauguration, l'emplacement de ces deux édifices répond à une vision industrielle, logistique et sanitaire rigoureuse. Tous deux dépendent directement du ruisseau de l’Abattoir, un tributaire du Bès. L'eau était indispensable au travail de lavage du linge pour les lavandières, comme au nettoyage quotidien des installations d'abattage.Construits volontairement à l'écart des zones d'habitation, le lavoir et l'abattoir visaient à préserver le centre-ville des nuisances olfactives, de l'humidité et de l’insalubrité. Situés à deux pas de la voie ferrée, ces équipements accompagnaient le développement rapide du quartier de la Gare et la croissance démographique de Morcenx.
Évolution, obsolétude et fermeture
Au fil des décennies, l'accroissement de la population et le durcissement progressif des normes d'hygiène ont fini par fragiliser ce pôle d'équipements publics. Les eaux usées issues de l'abattage et les rejets des activités de lavage ont pesé sur l'écosystème du Bès. Face à ces pollutions et à la modernisation des équipements ménagers et sanitaires, l'activité d'abattage a définitivement cessé, tandis que le lavoir perdait progressivement sa fonction d'usage au XXᵉ siècle.
La restauration du lavoir : sauvegarder la mémoire du quotidien
Loin d'être abandonné après son déclin d'usage, le lavoir de l'Abattoir a fait l'objet de campagnes de réhabilitation attentives destinées à sauvegarder ce précieux patrimoine vernaculaire. La maçonnerie en pierre, fragilisée par les infiltrations et l'humidité constante du ruisseau, a été consolidée, tandis que la charpente en bois et la couverture ont été remises en état pour redonner au site sa silhouette d'origine. Les travaux de curage et d'aménagement des abords du bassin permettent aujourd'hui d'admirer le système d'arrivée et d'évacuation d'eau autrefois emprunté par les lavandières. En valorisant ce modeste édifice, la commune préserve non seulement un témoignage de l'architecture artisanale landaise, mais aussi un précieux support de mémoire collective rappelant les gestes, la pénibilité et la convivialité du travail du linge d'autrefois.
Une seconde vie patrimoniale et associative
Plutôt que de vouer ce patrimoine communal en pierre à la démolition, la municipalité a fait le choix de la reconversion globale de ce pôle historique. L'ancien abattoir a bénéficié d'une restauration complète pour devenir la Salle de la Peña, siège de la Peña taurine morcenaise. Il est aujourd'hui un lieu de rassemblement convivial pour les passionnés de course landaise et de tauromachie. Le lavoir restauré, quant à lui, s'intègre harmonieusement aux circuits de découverte et de promenade bordant le Bès.Aujourd'hui, cet ensemble préservé offre une véritable immersion dans la mémoire rurale et ouvrière de Morcenx, transformant d'anciens services publics du XIXᵉ siècle en un site emblématique de l'identité locale.





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