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N°112 : YVES SAINT-JOURS, DE LA TERRE MORCENAISE AUX SOMMETS DU DROIT DU TRAVAIL

il y a 2 jours
3 min de lecture

Si son nom résonne dans les amphis de faculté et les traités juridiques à l’échelle nationale, c’est bien à Morcenx, au cœur des Landes de Gascogne, que commence l'histoire d'Yves Saint-Jours. Juriste reconnu, professeur d’université et militant engagé, il a gardé toute sa vie l'empreinte de ses racines morcenaises et de la forêt landaise.


Une enfance morcenaise ancrée dans la réalité forestière


Yves Saint-Jours naît le 4 octobre 1930 à Morcenx. Issu d'une famille profondément ancrée dans la vie locale et le travail de la terre, il grandit dans un Morcenx au rythme de l'industrie du bois et du chemin de fer, carrefour d'échanges et de labeur ouvrier.

Dans ses jeunes années, le jeune Yves ne suit qu'un enseignement primaire classique, couronné par l'obtention du Certificat d'études primaires (CEP). Son quotidien est alors rythmé par le travail forestier : il accompagne son père qui dirige une petite scierie itinérante sur le territoire. Cette confrontation directe avec la rudesse du travail en forêt et la vie des résiniers et ouvriers du bois marque durablement sa sensibilité. Malgré une santé qu'il décrit comme fragile, il se passionne très tôt pour la lecture et développe une conscience aiguë des réalités sociales et de la condition ouvrière en milieu rural.


L’éveil militant sur le territoire morcenais et landais


C’est sur ce sol morcenais et landais que s’éveille son engagement politique et syndical. À l’automne 1946, à seulement 16 ans, il rejoint la Jeunesse communiste (devenue l'Union des vaillants et vaillantes / UJRF) au siège de Dax.

Très vite, son quotidien s'articule entre le travail ouvrier sur la ligne de chemin de fer Bordeaux-Bayonne — artère vitale de Morcenx — et la prise de responsabilités militantes. En mai 1948, il est nommé au bureau fédéral des Jeunesses communistes des Landes sous l’impulsion de figures locales comme Jean Bourlon. On le charge notamment de la section des Landes et de la propagande.

Pendant toute cette période passée sur le territoire morcenais et environnant (jusqu'à son départ pour le service militaire au début des années 1950), Yves Saint-Jours mène une lutte active auprès des populations rurales : Il participe activement aux grandes manifestations et aux grèves paysannes et forestières (notamment lors du fort mouvement de 1950), défendant les métayers, les ouvriers scieurs et les petits exploitants touchés par la crise et la pauvreté. Il organise sur le secteur de Morcenx, Mimizan et Pontenx-les-Forges la diffusion de tracts contre la guerre d'Indochine, ce qui lui vaut parfois des démêlés directs avec les brigades de gendarmerie locales.


De l'ouvrier landais au professeur d'université


Ce parcours ancré dans la réalité du terrain morcenais est le socle sur lequel Yves Saint-Jours bâtit l'ensemble de sa carrière future. Admis plus tard au titre de la promotion sociale et des adultes, il reprend des études de droit, décroche son doctorat puis l'agrégation, pour devenir professeur d'université (enseignant notamment à Caen, Toulouse et Paris) et l'un des plus grands spécialistes français du droit du travail et de la sécurité sociale. Auteur de nombreux ouvrages et chroniques juridiques de référence (notamment pour La Vie Ouvrière ou le Recueil Dalloz), il n'a jamais renié la formation humaine et politique reçue dans la forêt et les gares des Landes.


La mémoire d'un enfant du pays


Disparu le 9 mars 2021 à Perpignan à l'âge de 90 ans, Yves Saint-Jours reste l'incarnation d'un parcours républicain exemplaire d'ascension par l'effort et l'engagement. Pour Morcenx, il demeure un enfant du pays dont l'œuvre intellectuelle et le combat pour la justice sociale ont pu puiser leurs plus profondes racines dans la terre landaise.

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