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N°102 : CHRONIQUES DES MOULINS D'ARJUZANX

À la fin du XVIIème siècle, la paroisse d'Arjuzanx, située dans le Brassenx, comptait deux moulins indispensables à la vie locale. Tous deux étaient installés sur le ruisseau du Bez, tirant leur énergie de la force hydraulique pour moudre les grains de la région. Si ces édifices ont aujourd'hui disparu, les registres du notaire royal maître Lescarret permettent de retracer la vie, les obligations et l'évolution de ces structures et des meuniers qui les faisaient tourner.

Situé en bas de la propriété noble du même nom, le Moulin de Montolieu (ou du Montholieu) a fait l'objet de plusieurs contrats d'afferme (location) successifs.


En novembre 1660, le seigneur Bernard de Bédorède loue le moulin à Jean Dupré, un meunier venu de Rion. L'édifice ne possède alors que deux roues. Quelques années plus tard, en novembre 1671, sa veuve Marie de Lespès l'afferme à Etienne Dubrana. À cette date, le moulin a gagné en puissance et dispose désormais de trois roues. Cependant, en 1700, le nouveau propriétaire Louis Dollibes (conseiller du roi à Bayonne) le décrit à nouveau comme un moulin à deux roues. Le loyer annuel varie selon les époques : de 270 livres en 1660, il passe à 300 livres en 1671. À la fin du siècle, en 1699, le mode de paiement passe en nature sous l'impulsion du tuilier Pierre de Loustau (qui sous-ferme le moulin) : le meunier Barthélemy de Busquet doit alors verser 72 sacs de grain (moitié seigle, moitié millade). Le meunier a l'obligation de loger sur place. Il dispose d'une chambre et d'une partie du jardin. Le propriétaire lui confie également un jeune pourceau (porc) qu'il doit nourrir et engraisser à ses frais dans le moulin. En contrepartie, des clauses de réduction de loyer sont prévues si le moulin s'arrête par manque d'eau ou rupture des meules.


Le second moulin, le Moulin du Bourg (ou Moulin du Réau) caractérisé par ses trois roues, était situé en bas du bourg d’Arjuzanx. À la fin du XVIIème siècle, il appartient à maître Pierre Duprat, conseiller du roi au sénéchal de Tartas. L'année 1699 est particulièrement mouvementée pour le moulin du Réau. Le 1er octobre, Pierre Duprat le loue à Jean de Laborde pour un loyer annuel en grain (froment, seigle, millade, millet et panis) et une paire de chapons. Deux semaines plus tard, Laborde sous-ferme le moulin à André Dupin. Furieux de voir que Laborde n'occupe pas les lieux et n'a pas livré le grain promis, Duprat lui retire le bail en novembre et réafferme le moulin à Jean Sage. L'histoire de Jean Sage est marquante. À peine installé, il tombe gravement malade et rédige son testament en décembre 1699 au sein même du moulin.

Ce document offre un aperçu fascinant de la piété et de la vie matérielle de l'époque (demandes de dizaines de messes à Tartas et Mont-de-Marsan, inventaire de ses meubles, lits de plumes et coffres). Il décède quelques jours plus tard à l'âge de 45 ans. Le moulin du Réau n'était pas qu'un lieu de meunerie. La maison attenante servait également de cabaret. Le meunier pouvait y exploiter le débit de boisson en vendant en priorité le vin du cru du propriétaire. De plus, les bancs situés devant la maison étaient loués aux marchands pour y exposer leurs marchandises lors des foires locales, le meunier devant nettoyer le parvis la veille de l'événement. En avril 1768, Mathieu Duprat (descendant du propriétaire du moulin du Réau) décide de vendre ses métairies ainsi que le moulin à des laboureurs locaux. C’était sans compter sur sa sœur, Marthe Duprat. Utilisant le retrait lignager — un ancien droit aboli à la Révolution permettant à un membre de la famille de racheter prioritairement un bien vendu à un tiers —, elle récupère le moulin en 1769 grâce aux fonds de son mari, le notaire Jean Lescarret.


Les deux moulins d'Arjuzanx traversent les époques et figurent encore sur le cadastre de 1830, prouvant leur longévité.


Au XXème siècle, la modernité change radicalement le paysage. Dans les années 1950, le moulin d'Arjuzanx a cessé de moudre depuis longtemps et sa bâtisse est occupée par un marchand de cochons, M. Mothes.


La fin définitive survient en 1959 : les bâtiments sont entièrement détruits lors des grands travaux d'ouverture de la mine de lignite d'EDF, laissant place aux immenses excavateurs d'extraction.

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