LE MAIRE DE MORCENX ET LA PRATIQUE DU GRAND ECART EN 4 EXERCICES
- La Nouvelle Morcenx
- 24 juin 2024
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 sept. 2024
EXERCICE N°1 : LE GRAND ECART POLITIQUE
Le maire de Morcenx a présenté ses voeux devant un parterre d’élus locaux obligés et de quelques dizaines de morcenais. Cet exercice peut s’avérer délicat lorsqu’on ne maîtrise qu’approximativement les sujets abordés. Nous avons écouté avec attention l’exposé « rock n’roll » de l’édile, non sans être surpris par les affirmations erronées, partis pris idéologiques et contradictions manifestes. Nous ne résistons pas à vous retranscrire certains passages croustillants. Commençons par l’exposé concernant le contexte politique national. En digne fils d’instituteur, nous avons eu droit à une démonstration qui se voulait pédagogique mais qui a démontré une absence concrète d’analyse objective des faits. D’abord le ministre du travail ne s’appelle pas Lescure mais Dussopt (au moins jusqu’à hier !). Ensuite il se permet de donner des exemples qu’il prétend « flagrants » pour expliquer que nous vivons désormais dans un système autoritaire :
« On a un Président de la République qui maltraite les parlementaires. Le 49.3 régit tout. Il n’y a plus de discussion, il n’y a plus de débat parlementaire. Ça veut dire que ça descend d’en haut… Dans le cadre de l’article 49.3, circulez il n’y a rien à voir.
Deux exemples flagrants :
La loi sur les retraites où en dépit du bon sens, sans aucune forme de discussion avec les représentants syndicaux ou les représentants des branches professionnelles… ça a été 2 ans de plus, circulez il n’y a rien à voir… Il y a eu des millions de Français dans la rue.. Rien !
La dernière, c’est encore pire. C’est la loi immigration. Au delà de présenter une loi qui n’est peut-être pas conforme aux yeux du Conseil constitutionnel… pas mal d’articles risquent d’être retoqués. Le pire c’est le choc politique pour des gens comme vous ou comme moi, attachés à la démocratie… de voir que le PR fait le lit de l’extrême-droite, clairement, validant avec eux une loi où on lit préférence nationale, droit du sol, aide sociale en fonction de l’origine et durée de vie des gens sur le pays… Si on veut que le FN, après avoir gagné les élections européennes, gagne les élections nationales, il faut continuer comme ça. Il faut continuer à expliquer qu’on ne fait pas de politique et faire n’importe quoi… Hier il enterrait Jacques Delors, en faisant l’apologie de ce grand homme européen qui a crée l’Europe. Il y a cinq jours il a voté une loi avec des gens qui sont anti-européens. Moi le grand écart politique… le manque de souplesse me caractérise mais là c’est un grand écart qui devient complètement inaudible… »
-Il oublie juste de dire qu’il y a eu 175 heures de débats au sénat et à l’Assemblée nationale avant l’usage du 49.3 par l’exécutif, donnant lieu à des passes d’armes mémorables qui ont alimenté les chaînes d’information en continu. Il est donc faux de dire qu’il n’y a pas eu de débat.
-Il oublie juste de dire que le recordman de l’utilisation du 49.3 est le socialiste Michel Rocard qui était pourtant un grand démocrate !
-Il oublie juste de dire que ses amis de gauche ont associé leurs voix à celles du Rassemblement national pour faire voter le rejet du débat sur le texte de loi immigration. Le grand écart est donc un exercice que les élus de gauche pratiquent, au gré des circonstances, mais avec une certaine aisance puisqu’il porte ses fruits. Pourquoi ce grand écart ne serait-il pas également un facteur de normalisation du Rassemblement national ?
-Il oublie juste de dire que le Rassemblement national n’a pas encore gagné les élections européennes qui auront lieu dans quelques mois, à moins qu’il soit en capacité de lire désormais dans les boules de cristal.
-Il oublie juste de dire qu’il rencontre des difficultés de lecture et de compréhension d’un texte, le terme de préférence nationale n’apparaissant nulle part dans le texte de loi immigration.
-Il oublie enfin de dire que Jacques Delors n’a pas crée l’Europe (contrairement à Monnet ou Schumann) mais en a été un artisan, à la tête de la Commission européenne.
Comment justifier autant d’oublis et d’approximations ?
L’instrumentalisation de la vérité jette un discrédit définitif sur la parole publique de l’élu qui oublie par ailleurs que chaque opinion politique est respectable.
EXERCICE N°2 : LE GRAND ECART LANGAGIER
Seconde thématique abordée durant les voeux à la population qui mérite un éclairage particulier : le maire et sa notion du respect à géométrie variable.
Il a, avec raison, systématisé toute forme de violence verbale ou physique qui ne peut et ne doit régir les rapports humains. L’élu (au sens large) est aujourd’hui ciblé par de nombreuses incivilités qu’il faut condamner sans réserve. Mais il faut aussi que ce dernier soit un modèle et fasse preuve de retenu. Il n’est pas acceptable de traiter des fonctionnaires de « feignasses » comme il n’est pas acceptable de faire entendre que le représentant de l’Etat dans le département est un incapable.
S’exprimant au sujet du projet de ferme photovoltaïque à Arjuzanx, le maire s’en prend directement à la préfète :
« Un vrai litige entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font (en parlant du gouvernement). J’en veux pour preuve le projet photovoltaïque porté par les précédents maires…. projet de 35ha à Arjuzanx à l’étude depuis 13 ans. J’en suis au stade où j’ai mis par l’entremise du promoteur qui le porte, la préfète des Landes au tribunal. Nous sommes au stade où on engage des contentieux avec notre préfète parce qu’elle est infoutue de nous apporter des réponses… C’est une perte de 60 à 80.000 euros par an de recettes qui pourraient être destinées aux écoles, au sport, à la culture…"
Quelle élégance langagière !
C’est le même qui terminera sa cérémonie par ces mots :
« Bonne année 2024, empreint de solidarité, de respect (et ce n’est pas un vain mot) et à partir de là tout ira bien ».
Revenons un moment sur le sujet central de l’énergie renouvelable dont le maire souhaite le développement sur le territoire intercommunal.
Généreuse idée mais une fois encore, discutable !
« Il faut développer des réseaux publics capables d’apporter cette énergie produite localement pour que vos factures énergétiques, en terme de pouvoir d’achat, soient atténuées… il faut remettre un peu de public dans cette gestion énergétique… On voit les délices du capitalisme qui font qu’on le prend plein pot ».
Jusqu’à présent il nous dit que la centrale solaire de Morcenx rapporte 100.000 euros de recettes à la collectivité mais il oublie de dire qu’elle est à l’initiative d’une entreprise privée. Que compte-il faire concrètement pour développer une centrale 100% publique afin de récolter le fruit de la revente à EDF sans avoir de charges à payer et comment il compte concrètement reverser le fruit de ces recettes au contribuable pour améliorer son pouvoir d’achat ! Ce n’est que du déclaratif car il n’est absolument pas en capacité matérielle de réaliser une telle opération qui nécessite des millions d’investissement et en capacité légale d’intervenir sur les factures aux particuliers n’étant pas distributeur d’énergie.
EXERCICE N°3 : LE GRAND ECART ECONOMIQUE
Dans le cadre de ses voeux à la population le 7/01/2024, le maire de Morcenx a présenté ses projets structurels de l’année 2023. Il s’est senti obligé d’aborder le projet de création d’un restaurant à Arjuzanx même si ce dernier s’inscrit au budget du syndicat mixte départemental qu’il dirige et non pas à celui de la mairie de Morcenx. Cette nuance est essentielle car la mairie n’a pas les capacités financières d’emprunt que nécessite ce projet par ailleurs très fortement sous évalué dans le cadre de l’estimation administrative initiale (le projet est passé de 670.000 euros à 1,3 million).
Il fustige la fronde qui s’est emparée des professionnels du secteur :
« L’activité crée l’activité. Ce n’est pas le monopole qui crée la survie. C’est l’activité déployée qui crée l’activité. Je ne suis pas un capitaliste à tout crin mais j’y crois. Et 2024 ça va être dans le même schéma… Au mois de juin le Catachot va ouvrir avec une équipe… Il y aura 4 restaurants sur un territoire de 5 à 8.000 habitants. C’est tout à fait normal. On est tous content d’aller au pays Basque dans un village de 1.000 habitants où il y a 4 bistrots. Pourquoi chez nous il n’y aurait pas 4 restaurants pour 6.000 habitants ? L’éclectisme, le choix… En ce moment c’est : il y en a 2 et chez qui on peut aller ? »
Visiblement, il considère que si un établissement en exercice se sent concerné par cette nouvelle création c’est uniquement parce que son activité serait en survie. Par ailleurs, il ne connaît pas son territoire. Il y a 9 restaurants à Morcenx et non pas 4 ! (Le Bistrot Bleu à Arjuzanx, Le lavoir à Garosse, la Table de Marie à Morcenx Bourg et en centre-ville : L’Aventure, l’Escapade, le petit Bistrot, le Combi, le Délicioso, La Rome Antique).
Il poursuit son argumentaire en expliquant qu’il y aurait une demande identifiée :
« Mon objectif n’est pas de faire du mal à ceux qui sont là, c’est de faire en sorte qu’il y ait de l’offre.
Il y a 200.000 personnes qui viendront au site, il y a une ville de 5.000 habitants, il y a une départementale, une autoroute, une gare… Il faut qu’on mange 7j/7 sans discrimination, avec ou sans enfant, qu’on mange pas cher ou cher si on a les moyens. Et qu’on mange dans de bonnes conditions sur les 4 villages ».
Il entretient une rumeur sur le fait que certains établissements n’accepteraient pas les enfants ce qui est absurde ! Comment prétend-il imposer au futur exploitant le type de clientèle à accueillir ? Comment va-t-il imposer une amplitude d’ouverture de 7j/7 et peut-être à l’année ?
Quelques minutes plus tard, il explique qu’il faut aussi encourager l’installation d’une nouvelle boulangerie à Morcenx car celle qui existe a trop de travail.
« On a besoin d’un boulanger de plus. Le boulanger de la place a fermé. Cela fait trois mois que je lui écris. Je n’ai pas de nouvelle. J’ai vu le boulanger qui est dans le village et qui a trop de boulot. Il fait un excellent pain, il a repris une deuxième boulangerie rue Salengro mais il a trop de travail. Il faut qu’on arrive pour une ville de 5.000 à avoir un autre boulanger…J’aspire à ce genre de chose. On y travaille mais on n’est pas seul. C’est une organisation privée. C’est des choses qui se montent avec de l’argent privé dans une organisation d’entreprise. Nous on est là pour faciliter mais on ne peut pas décider. On a travaillé avec M.Lartigue, président de la Chambre des métiers qui est boulanger lui-même mais ce n’est pas facile de dénicher un boulanger qui veut s’installer parce que faire un emprunt ce n’est pas simple, investir ce n’est pas facile, et donc il y a ces limites là… Malgré tout, comptez sur nous… »
Pourquoi ce qui est vrai pour une boulangerie ne le serait pas pour un restaurant ? Il met bien 1,3 million d’argent public pour ouvrir un restaurant, activité commerciale par excellence, alors qu’il n’y pas carence de l’initiative privée locale ! Pourquoi ne laisse-t-il pas réguler l’offre et la demande par le marché et soutenir l’initiative privée à se mettre en place s’il y a vraiment une demande pour l’ouverture d’un nouveau restaurant à quelques mètres de celui qui existe déjà comme il le décrète pour la boulangerie du centre-ville ?
Et pendant que le maire se plaint du manque de boulangerie, le boulanger qui ne donne pas de nouvelle, prépare sa réouverture qui est aujourd’hui effective. Comme quoi, en effet, la puissance publique n’a pas à se substituer à l’initiative privée qui est toujours au rendez-vous lorsque les enjeux économiques sont avérés.
En résumé, il peut dépenser l’argent public dans un restaurant mais pas dans une boulangerie. Un grand écart inaudible !
Pour finir sur ce sujet, afin de démontrer à quel point son analyse économique manque de nuance :
« Sur le Catachot on avait imaginé un moment faire une petite épicerie de confort. L’épicerie d’Arengosse est montée en charge, on a arrêté. Il n’y aura pas d’épicerie au Catachot. Il y aura juste un restaurant, un café… Quand il faut faire attention, on fait attention ».
Donc, on tient compte de l’existence d’une épicerie située à 7 kilomètres dans un autre village et on évite de la concurrencer. Dont acte. En revanche, on ne tient pas compte d’un restaurant situé à 300 mètres qui ne demande qu’à se développer et qui va prendre de plein fouet l’arrivée d’un concurrent financé à 100% sur fonds publics. CQFD.
EXERCICE N°4 : LE GRAND ECART TERRITORIAL
Le projet de la dernière partie de la mandature et (éventuellement) de la suivante :
« La fin de notre mandat : continuer à porter ce pour quoi vous nous avez élu… on n’est pas inquiet… On aura une situation financière qui sera saine, qui nous permettra de voir l’avenir…
On va essayer de maîtriser notre fiscalité… qu’elle soit la moins impactante pour vous… sans que cela n’annihile notre dynamique de projets.
…Actuellement il manque 80 logements sociaux à Morcenx… Nous avons 400 logements sociaux… On va en faire 30 à 40 de plus dans les 5 prochaines années ».
Le maire se félicite de fêter les 5 ans de la commune nouvelle liée de la fusion des 4 villages. Il remercie les maires délégués par ailleurs adjoints et souligne que l’identité des 4 villages a été préservée car les habitants tenaient à entretenir cette image.
« L’identité des villages a été respectée. En terme de fiscalité on est sur la trajectoire que nous avions présentée…. dès 2018. L’intérêt ? Les services publics de proximité sont tenus. Les gens vivent complètement ensemble…Le combat pour les écoles, pour les services publics, pour l’attractivité… La commune nouvelle apporte une technicité (référence au service de l’urbanisme)… afin de mieux cadrer les choses.
On n’a pas effacé d’un trait l’appartenance à un village…
La commune nouvelle a fait sa période de test. Il faut maintenant qu’elle accélère un petit peu…. 5 ans de vie, 4 logos… C’est illisible mais on ne voulait froisser personne car ça faisait partie de l’image, de l’identité… Nous y sommes… j’ai raison de progresser dans mon analyse personnelle et individuelle… on va faire appel à des professionnels, parce que c’est un métier la communication… Le logo ce n’est pas un détail »…
C’est la raison pour laquelle, Morcenx-la-nouvelle est représentée par 4 logos accolés afin que chaque entité puisse se reconnaître dans la supra-collectivité.
En 2024, le maire veut la création d’un logo unique pour la ville nouvelle qui mettra aux oubliettes l’identité visuelle actuelle. Pourquoi ne pas l’avoir fait il y a 5 ans si cela ne remet pas en cause la préservation de l’identité des 4 territoires concernés ?





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