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N°96 : UN DÉPÔT DE CENDRES RADIOACTIVES A ARJUZANX


Le site d'Arjuzanx constitue un témoignage majeur de l'histoire énergétique française. Longtemps exploité pour son gisement de lignite, le site abrite aujourd'hui d'importants dépôts de cendres industrielles qui s'inscrivent dans la problématique historique et environnementale de la Radioactivité Naturelle Technologiquement Renforcée (RNTR).

L'histoire industrielle d'Arjuzanx démarre véritablement à la fin des années 1950. Entre 1958 et 1992, EDF y exploite une centrale thermique alimentée par l'extraction locale de lignite, un charbon qualifié de « pauvre » en raison de sa forte teneur en eau (environ 15 à 20 %). À son maximum d'activité, la centrale consommait jusqu'à 1,5 million de tonnes de lignite par an. Ainsi, en trois décennies de fonctionnement, l'activité a généré un volume colossal de 30 millions de tonnes de résidus industriels.


Ces résidus, appelés « cendres volantes », étaient transportés par voie humide vers des bassins de décantation et des terrils. À la fermeture de la centrale en 1992, ces dépôts s'étendaient à l'air libre sur une emprise principale de 140 hectares, culminant parfois en collines ou plateaux artificiels de petites dimensions. Aujourd’hui encore, on estime qu’à Beylongue Nord, à environ 750 mètres de l’ancienne centrale, il y a sur un espace de 25 hectares, plus de 3 millions de tonnes de cendres radioactives à surveiller.


Il existe historiquement une confusion fréquente autour du site d'Arjuzanx, parfois qualifié à tort de « cimetière nucléaire ». Les archives et les inventaires officiels permettent de clarifier rigoureusement la nature de ces dépôts : le site ne recèle aucun déchet radioactif artificiel (comme du combustible nucléaire usé). En revanche, le gisement d'Arjuzanx est répertorié pour la présence de RNTR. Le phénomène scientifique s'explique ainsi : le lignite brut contient naturellement des traces d'uranium et de thorium. Lors de la combustion pour produire de l'électricité, le carbone s'enflamme et disparaît, tandis que les impuretés minérales et les radioéléments se concentrent dans les cendres. Ces résidus sont classés comme des matières NORM (Naturally Occurring Radioactive Material) : leur radioactivité reste naturelle, mais sa concentration est techniquement supérieure au bruit de fond géologique de la région.


À la suite de l'arrêt des installations industrielles, le paysage d'Arjuzanx a été profondément restructuré. Les anciens bassins miniers et les zones de stockage ont fait l'objet d'un vaste plan de réhabilitation environnementale. Les terrils de cendres ont été recouverts de terre, végétalisés et stabilisés pour « fixer » les poussières au sol.


Du fait de cette concentration de radioéléments naturels, le site d'Arjuzanx n'est pas abandonné à lui-même et fait l'objet d'une vigilance stricte : les dépôts sont inscrits à l'inventaire national de l'ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) et font l'objet d'un suivi par l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire). Afin de s'assurer que la radioactivité ne migre pas vers la nappe phréatique ou les cours d'eau voisins (comme le Bez), EDF maintient un réseau de surveillance via des piézomètres (tubes de forage). Le rythme de ces contrôles est validé par la DREAL et l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Enfin, les données de surveillance atmosphérique et de qualité des eaux de baignade sont régulièrement transmises aux collectivités locales et centralisées sur le Réseau National de Mesure de la radioactivité de l'environnement (RNM).


Si l'impact sanitaire et environnemental actuel pour les populations locales et les usagers de la réserve est jugé négligeable par les experts (la radioactivité étant confinée sous la végétation et diluée dans l'environnement), le site reste un cas d'école patrimonial sur la gestion à long terme des sous-produits de l'ère du charbon.

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