N°104 : MORCENX FACE AUX FEUX, LE MONSTRE D'AOUT 1949

Alors qu'un incendie de 65 hectares parti d'un parc photovoltaïque a frappé Morcenx cette semaine, l'événement ravive inévitablement l'ombre de la plus grande tragédie forestière de l'histoire du massif : le « Grand Feu » ou « Feu du Siècle » d’août 1949.
Pour comprendre le lien particulier qu'entretient Morcenx avec le feu, il faut remonter à l'été 1949. Cette année-là, le massif des Landes de Gascogne traverse une sécheresse historique, écrasé sous des températures dépassant les 40 °C. La forêt, mal entretenue au sortir de la Seconde Guerre mondiale, est une véritable poudrière.
Lorsque le feu se déclare le 19 août, à Saucats, il se propage avec une violence inouïe. Très vite, la région de Morcenx se retrouve sous un ciel d'encre et d'orange, baignée dans une odeur étouffante de résine et de pin brûlé. En quelques jours, c’est une véritable tragédie avec 50.000 hectares de forêt détruits, 82 morts (sapeurs-pompiers, résiniers, bénévoles et élus). Autant dire un drame économique et humain sans précédent pour le pays morcenais. À cette époque, les secours modernes n'existent pas. C'est toute la communauté de Morcenx qui monte au front. Les résiniers et bûcherons, armés de simples pelles et de branchages (les fouails), tentent de battre le feu dans des conditions dantesques. Les cheminots du nœud ferroviaire, véritable cœur battant de la commune, luttent pour maintenir le réseau et acheminer les secours. Le 20 août, le vent tourne brutalement et pioche mortellement un bataillon de volontaires. Le drame marque le village à jamais et ruine des générations d'exploitants forestiers.
Si le souvenir de 1949 suscite encore une anxiété légitime dès que la fumée s'élève au-dessus des pignadas, l'incendie de 65 hectares survenu cette semaine montre à quel point le territoire a appris de ses tragédies. Nous sommes passés d’une lutte manuelle et d’une alerte au tocsin à l’intervention d’avions bombardiers d’eau et d’engins lourds.
C’est précisément au lendemain du drame de 1949 qu'est née la DFCI (Défense des Forêts Contre l'Incendie). Le maillage de pistes, les réserves d'eau et les pare-feux qui ont permis aux 250 pompiers mobilisés sur le site d'arrêter rapidement les flammes, sont les héritiers directs du sacrifice des anciens de 1949.
Outre l'efficacité de la prévention, la vraie rupture entre 1949 et aujourd'hui réside dans l'origine du sinistre. En 1949, le feu est parti de l'activité du bois (une scierie artisanale), au cœur de la forêt traditionnelle. Cet été à Morcenx, les premières constatations désignent un départ de feu sur une ferme photovoltaïque, une première locale d'une telle ampleur.
L'installation de parcs solaires géants dans les clairières du massif landais crée une nouvelle cohabitation industrielle. Si ces infrastructures participent à la transition énergétique, elles introduisent un risque d'origine électrique (onduleurs, surchauffes) en lisière immédiate des pins.
Ce dernier incendie nous rappelle la vulnérabilité persistante du massif landais. Mais si 1949 demeure le souvenir d'un drame humain et d'une forêt impuissante, 2026 témoigne de la résilience du territoire. Le défi de Morcenx n'est plus seulement de replanter ou d'éteindre, mais de sécuriser ces nouvelles activités énergétiques pour qu'elles n'éveillent plus jamais le monstre de 1949.
Illustration : Source Keystone-France





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