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MORCENX, CAPITALE DU "TOUT SOCIAL" ?


Alors que le Village Alzheimer de Dax peine à trouver son équilibre financier sans l'aide répétée des deniers publics, le Conseil départemental des Landes prépare un nouveau projet d'envergure à Arjuzanx. Une question légitime se pose : l'argent public doit-il continuer à porter seul le risque financier de structures expérimentales aussi coûteuses, ou ne devrait-on pas plutôt favoriser des investissements privés soutenus par la collectivité ?


Présenté lors de son inauguration en 2020 comme un concept innovant, le Village Alzheimer Henri Emmanuelli de Dax illustre la difficulté de pérenniser des structures médico-sociales expérimentales d'envergure. Avec un coût de fonctionnement 40 % plus élevé que celui d'un Ehpad classique, l'établissement affiche un déficit récurrent de 800.000 euros par an pour un budget fonctionnel de plus de 8 millions d'euros. Pour éviter le naufrage financier, il a fallu l'intervention d'urgence de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) à hauteur de 600.000 euros par an, complétée par un effort supplémentaire de 200.000 euros apporté chaque année par le Département.


Un nouveau projet à 26 millions d'euros à Arjuzanx


Malgré ces fragilités budgétaires, le Département s'engage dans une nouvelle opération d'envergure : la création d'un pôle touristique et d'une résidence de « vacances et répit » pour les aidants et les aidés sur les rives du lac d'Arjuzanx.


Porté activement par le Maire de Morcenx, vice-président du Conseil départemental délégué à l'autonomie, ce projet d'une capacité de 150 lits représente un investissement initial de 26 millions d'euros. À ce coût de construction s'ajoutera une charge d'exploitation annuelle estimée à au moins 2 millions d'euros, supportée conjointement par l'État et le Département.


Outre son coût, le projet soulève des interrogations urbanistiques et environnementales, le bâtiment devant être implanté sur une zone humide. De plus, la commune de Morcenx dispose déjà d'un tissu dense d'infrastructures sociales et médico-sociales représentant plus de 120 offres d'hébergement spécifiques (Résidence Lucie Aubrac, Résidence Castillon, Résidence Pierre Lestang, SESSAD Aintzina, etc.), sans compter le nombre impressionnants de logements sociaux.


Quelle place pour l'investissement privé ?


Face à la soutenabilité incertaine de ces dépenses publiques, la méthode interroge. Au lieu d'assumer la totalité des coûts d'investissement et de fonctionnement sur des budgets départementaux déjà sous tension, ne serait-il pas plus judicieux de repenser le modèle ?


Un choix politique ancré dans le « tout-social »


Cette orientation s'inscrit dans une ligne politique constante portée par le maire de Morcenx-la-Nouvelle et vice-président du Département. Sur la commune, la quasi-totalité des projets municipaux s'articule autour de l'action sociale et d'un parc important de logements sociaux.


Si la solidarité reste un devoir, cette focalisation quasi exclusive relève d'un choix idéologique discutable. En concentrant prioritairement ses investissements sur des infrastructures médico-sociales et de l'habitat aidé plutôt que sur le développement du tissu économique privé, la municipalité alimente un engrenage redoutable : elle entretient la pauvreté fiscale de son territoire. Faute de créer de la richesse productive ou d'attirer des entreprises génératrices de recettes fiscales, la commune condamne son modèle local à dépendre en permanence d'une perfusion de subventions et d'argent public.


L'intervention publique pourrait se concentrer sur l'incitation et l'accompagnement d'acteurs économiques privés ou d'acteurs du tourisme social. Par le biais de partenariats, de garanties ou de subventions ciblées, la collectivité permettrait l'émergence de projets répondant aux besoins d'accueil tout en transférant la gestion opérationnelle et le risque financier au secteur privé. Cela éviterait d'alimenter des structures publiques parfois jugées surdimensionnées et budgétivores, tout en garantissant une meilleure intégration des personnes accompagnées dans le tissu économique et social existant.

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