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QUAND LA RÉALITÉ DU TERRAIN BOUSCULE L'URBANISME DU PAYS MORCENAIS


L’exemple récent du lotissement « Laouson 3 » à Lesperon met en lumière un fossé grandissant entre les ambitions politiques des élus et les attentes réelles des habitants. Face aux exigences écologiques du Zéro Artificialisation Nette (ZAN) et à une démographie vieillissante, le territoire doit d'urgence réinventer sa politique du logement pour ne pas bloquer son développement.


C’est un rétropédalage qui en dit long sur la crise silencieuse du logement en Pays morcenais. À Lesperon, lors du conseil municipal du 26 mai dernier, les élus ont dû se rendre à l’évidence : l'offre proposée pour le lotissement « Laouson 3 » ne trouvait pas preneur. En cause ? Des critères d'attribution trop restrictifs et déconnectés du marché local, qui ont forcé la municipalité à réajuster ses tarifs et, surtout, la nature de ses lots.

Initialement, la commune avait fléché trois parcelles vers de l’« habitat groupé ». Ce modèle alternatif, qui impose à plusieurs ménages de concevoir et gérer un projet immobilier en commun, est resté lettre morte. Faute de candidats, les élus ont dû faire machine arrière : ces terrains sont désormais requalifiés pour accueillir des constructions traditionnelles de résidences principales individuelles.


Le dogme réglementaire face au mur de la réalité


Cet échec commercial temporaire n’est pas un cas isolé, mais le symptôme d’un mal plus profond qui touche l’ensemble du Pays Morcenais. En interdisant strictement les locations saisonnières de type Airbnb sur ces parcelles pour sanctuariser le logement à l’année, et en tentant d’imposer des formes d’habitats participatifs et denses, les municipalités appliquent à la lettre la philosophie du Plan Local d’Urbanisme Intercommunal (PLUiH).

Ce document d’urbanisme, qui fixe la feuille de route du territoire, pousse légitimement vers une densification pour répondre par anticipation aux obligations de la loi Climat et Résilience. Le fameux couperet du « Zéro Artificialisation Nette » (ZAN) impose en effet de réduire de moitié la consommation d’espaces naturels et agricoles d’ici 2030.

Mais à vouloir aller trop vite dans la transition, les règles actuelles se heurtent à la sociologie du territoire. Le Pays Morcenais souffre d'un déficit naturel structurel (les décès y sont bien plus nombreux que les naissances) et d'une population vieillissante. Si le territoire maintient son équilibre grâce à l'arrivée de nouveaux habitants, le profil de ces derniers — souvent des retraités ou de jeunes actifs locaux — cherche avant tout la tranquillité d’une maison individuelle classique, et non l’aventure complexe et collective de l’habitat groupé, qu’ils cherchent souvent à fuir des agglomérations.


L'urgence d'une révision pragmatique


Le constat est aujourd’hui sans appel : imposer des contraintes d'urbanisme trop déconnectées de la demande locale ne protège pas le territoire, cela le paralyse. Bloquer la vente de terrains à bâtir court-circuite l’accueil de nouvelles familles, pourtant indispensables pour maintenir les classes d'écoles ouvertes et faire vivre le commerce de proximité.


Pour Fabrice Lachenmaier, chef de file de LA NOUVELLE MORCENX : « Il y a urgence à ce que la Communauté de communes du Pays Morcenais engage une révision pragmatique de sa politique globale de l'habitat. L'intégration des objectifs du ZAN est une obligation légale incontournable, mais elle ne doit pas se faire au détriment du bon sens économique et humain. Pour relancer l’attractivité du territoire, la future politique d'urbanisme devra réussir un exercice d’équilibriste délicat : consommer moins d’espace, tout en proposant des formats de logements qui correspondent à ce que les gens souhaitent (et peuvent) réellement acheter. L'ajustement opéré à Lesperon doit servir de signal d'alarme : en urbanisme comme ailleurs, ce n'est pas au citoyen de se plier de force aux utopies des plans sur la comète, mais bien aux plans de s'adapter à la réalité des vies locales ».

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