POUBELLES : PAYER PLUS, ROULER PLUS ?
- La Nouvelle Morcenx
- il y a 2 jours
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Le traitement et la collecte des ordures ménagères (OM) sur le territoire des 6 communes du Pays Morcenais connaissent un virage sans précédent. Entre absorption du SEDHL par le SIVOM du Born, explosion des coûts contractuels, suppression du ramassage au « coin de la rue » au profit de points d'apport volontaire et hausse continuelle de la TEOM, les usagers font face à une équation amère : payer plus pour recevoir moins. Retour complet sur une mutation institutionnelle majeure et ses impacts concrets.
Génèse et engrenage : du SEDHL à l’intégration au SIVOM
L'histoire de cette restructuration remonte à la fin de l'année 2024. Face à une hausse vertigineuse des coûts d'exploitation et des exigences de modernisation des équipements, les élus du Syndicat d'Élimination des Déchets de la Haute Lande (SEDHL) ont été confrontés à un mur financier. En décembre 2024, des études techniques et financières approfondies ont été commandées afin de déterminer l'avenir de la structure.
Bien que ces études n'aient pas fait l'objet d'une publication exhaustive auprès du grand public, leurs conclusions ont rapidement orienté les décisions politiques. Le 12 novembre 2025, le SIVOM du Born adoptait une délibération de principe ouvrant la voie à un rapprochement statutaire et à l'élargissement de son périmètre pour intégrer les communes du SEDHL.
Lors du conseil communautaire de la Communauté de Communes du Pays Morcenais du 22 avril 2026, la question a été officiellement portée au débat. Interrogé par Fabrice Lachenmaier élu de La Nouvelle Morcenx sur les raisons de cette disparition programmée au profit du SIVOM, le Président de la Communauté de Communes, a fait valoir une réalité économique stricte : « Le SEDHL n'a plus la masse critique nécessaire pour faire face à la vague d'investissements requis et à la flambée des coûts d'exploitation. Avec un bassin historique restreint à 20 000 ou 25 000 habitants sur un territoire étendu et à faible densité, le syndicat se trouve sous-dimensionné par rapport aux standards régionaux (80 000 à 100 000 habitants). Pour ne pas subir des hausses de tarifs incontrôlables imposées par les prestataires privés en situation de quasi-monopole, la mutualisation et le changement d'échelle sont inéluctables. »
La fin de la collecte de proximité : le cas d’Escource comme détonateur
Si l'intégration institutionnelle au SIVOM au 1er janvier 2027 reste en attente des délibérations définitives de chaque conseil municipal et du syndicat d'accueil, les conséquences pratiques sur le terrain se dessinent déjà très nettement.
Un rebondissement majeur est survenu lors du dernier conseil municipal d'Escource. Par la voix de son maire, la municipalité a annoncé qu'elle serait la commune pilote dès le mois de juillet 2027 pour expérimenter la suppression totale de la collecte des containers ménagers dispersés au « coin de la rue » ou dans les lotissements.
Ce système traditionnel sera remplacé par quelques points de collecte centralisés (apports volontaires), implantés de manière à ce que chaque habitation se trouve à 4 minutes maximum en voiture d'un point d'apport. Ce dispositif a vocation à être étendu par la suite à l'ensemble du périmètre des anciennes communes membres du SEDHL.
Un argument choc : éviter une explosion fiscale de 500 %
Pour justifier ce recul manifeste du service rendu à la porte de l'usager, la municipalité d'Escources met en avant la soutenabilité financière du système : sans ce basculement vers des points d'apport volontaire groupés, la Taxe d'Enlèvement des Ordures Ménagères (TEOM) subirait une hausse catastrophique pouvant atteindre jusqu'à 500 % en raison de l'envolée des coûts des tournées en porte-à-porte.
Moins de services, taxe plus chère : le mètre étalon du contribuable
Pour les citoyens de nos communes rurales, l'incompréhension domine. Malgré les promesses d'amortissement des coûts grâce au changement d'échelle, l'augmentation fiscale est déjà une réalité tangible. Lors de la séance du 22 avril 2026, le Conseil Communautaire du Pays Morcenais a voté une augmentation du taux de la TEOM, passant de 16,16 % à 16,75 % pour éponger une hausse de 500.000 € imposée par le prestataire privé du traitement des déchets (Paprec) via le SIVOM du Born.
Le constat établi par les administrés met en lumière une contradiction flagrante :
Dégradation du service au quotidien : Fin de la collecte au pas de la porte ; obligation de prendre son véhicule personnel jusqu'au point de collecte situé jusqu'à 4 minutes de chez soi (engendrant des coûts de carburant et des désagréments pour les personnes âgées ou à mobilité réduite).
Fisc en constante hausse : Malgré la perte d'un service de proximité, la taxe continue sa progression pour équilibrer les budgets des syndicats et payer les prestataires privés.
Quel avenir pour les agents ?
Au-delà de l'impact financier et pratique pour le contribuable, la restructuration pose une question sociale majeure concernant les agents de collecte du SEDHL. Le passage aux points de regroupement et l'utilisation de camions-grues automatisés réduisent drastiquement le besoin en main-d'œuvre.
Un camion-grue n'opère qu'avec un seul agent à bord (le chauffeur-opérateur), contre deux à trois agents habituellement mobilisés sur les bennes de collecte traditionnelle en porte-à-porte. Que deviendront les personnels du SEDHL lors de l'intégration complète au SIVOM du Born ? Bien que les transferts de compétences s'accompagnent théoriquement de garanties statutaires, la réduction nette des besoins d'exploitation sur le terrain suscite une vive inquiétude sociale quant au devenir des effectifs et aux conditions de travail.
L’urgence d’un débat public transparent
La trajectoire engagée sur le Pays Morcenais illustre le dilemme des territoires ruraux face à la gestion moderne des déchets : sous la pression d'un marché monopolistique de l'incinération et du tri et d'exigences environnementales croissantes, les collectivités sacrifient la proximité du service public pour contenir les coûts.
Alors que les délibérations définitives d'intégration doivent être adoptées d'ici la fin de l'année 2026 pour une prise d'effet au 1er janvier 2027, une exigence s'impose : la mise en transparence complète des études d'impact financières et l'organisation d'une véritable concertation citoyenne. Le citoyen-contribuable ne peut pas être relégué au seul rôle de payeur d'un service qui s'éloigne de sa rue.





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