VALORISER NOS INFRASTRUCTURES POUR ÉCONOMISER L'EAU

Tout commence un mercredi matin sur le marché de Morcenx. Fabrice Lachenmaier, chef de file de LA NOUVELLE MORCENX, est apostrophé par un Morcenais :
« Je viens d’assister à la vidange d’un réseau d’eau, des mètres cubes sont déversés sur le trottoir. En ces temps de restriction, les services de la voirie ne pourraient-ils pas récupérer cette eau potable avec une citerne plutôt que de la gaspiller ? »
Ce questionnement est légitime. Le nettoyage des châteaux d’eau ou les opérations de purge périodiques des conduites représentent par exemple, à eux seuls, environ 2.000 mètres cubes d’eau déversés. Renseignements pris, il semblerait que cette récupération soit complexe en termes de logistique (nécessité de camions-citernes adaptés et traitement préalable en cas de forte chloration), mais loin d'être impossible si elle est planifiée.
Une ressource sous tension à l'échelle nationale et locale
Si dans le bassin de la Garonne les pouvoirs publics ont dû prendre la décision de restreindre l’usage de l’eau — notamment pour l’agriculture — en raison du manque de précipitations, la question du stress hydrique se pose désormais sur l’ensemble du territoire national.
Bien que la côte d’alerte absolue ne soit pas atteinte dans le département des Landes, la ressource en eau souterraine (particulièrement la nappe des Sables du Plio-Quaternaire et les nappes profondes du Paleogène) demeure une denrée précieuse qu'il faut préserver de la surexploitation et des pollutions.
Chaque petite économie relevant d’un acte citoyen, les particuliers sont régulièrement invités à adopter des éco-gestes : limiter l’arrosage des pelouses, pratiquer le paillage dans les jardins, laver les véhicules en station ou optimiser le remplissage des piscines.
Un cadre national incitatif : Le Plan Eau
Mais l’essentiel des économies d’eau à venir ne se situe-t-il pas au niveau des infrastructures publiques ?
Déjà en 2023, le gouvernement a présenté le Plan d'action national pour une gestion résiliente et concertée de l’eau (Plan Eau). Ce plan fixe des objectifs clairs : porter la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) et des eaux non conventionnelles de 1 % à 10 % d'ici 2030, réduire de 10 % les prélèvements d'eau d'ici 2030, mobiliser des fonds de l'Agence de l'Eau pour accélérer la résorption des fuites dans les réseaux publics. En France, le taux moyen de fuite sur le réseau d'eau potable tourne autour de 20 % (soit 1 litre perdu sur 5 distribués).
À Morcenx, l'eau potable étant gérée en intercommunalité avec le SYDEC, des opportunités existent également en interne pour optimiser les installations communales secondaires et limiter le recours inutile au réseau d'eau potable traitée pour des usages bruts (voirie, espaces verts, bâtiments municipaux).
Trois exemples concrets d’infrastructures municipales à valoriser
Voici trois exemples concrets d’équipements communaux, amortis et insuffisamment exploités, qui permettraient d’économiser l’eau potable tout en allégeant le budget d’exploitation de la commune.
La réserve d'eau près du lavoir (chemin de l’Abattoir)
Nous possédons une réserve d’eau dans la zone du lavoir, derrière la salle de la Pena Taurine. Il s’agit d’une installation judicieuse de récupération et de stockage d’eau d’un ruisseau provenant des secteurs Nazères-Plaisance à Morcenx.
Fonctionnement : L’eau de ce ruisseau est déviée par surverse et rejoint, après décantation, une cuve offrant environ 5m3 d’eau. À quelques mètres se situe une bouche de raccordement permettant aux services techniques et aux pompiers de prélever cette eau brute.
Situation actuelle : Cette réserve, créée au début des années 2010, a été progressivement délaissée par facilité d'usage, au profit des prélèvements sur borne d'incendie (eau potable traitée du réseau public).
Actions requises simples avec un coût négligeable : Nettoyage de la décantation et vérification de la conformité électrique de l’installation suffiraient à la remettre en service.
À noter : La réglementation impose un suivi sanitaire basique pour la réutilisation d'eaux brutes destinées au nettoyage des voiries ou à l'arrosage non alimentaire, mais le coût de remise en état reste minime au regard des volumes d'eau potable ainsi préservés.
Le forage d’eau à Moré
Situé entre le château et l’étang de Moré, ce forage a été créé au milieu des années 2000 pour alimenter le plan d'eau de Moré et soutenir son étiage.
Fonctionnement : Il pompe l’eau à environ 40 mètres de profondeur avec une capacité de production pouvant atteindre plus de 50 m3/h.
Situation actuelle : La municipalité a fait le choix de brancher les serres municipales de Moré sur le réseau d’eau potable public pour un coût de raccordement estimé à plus de 10.000 €, au lieu de valoriser cette ressource existante.
Actions requises : La vérification des installations électriques (armoire, démarreur-variateur) avec configuration adaptée selon les conditions de pompage associée à la mise à jour de la déclaration d'exploitation auprès de la préfecture des Landes.
Perspectives : Ce forage pourrait alimenter les serres, les activités d'entretien du secteur de Moré ou d'éventuels futurs projets d'équipements sportifs et touristiques à proximité.
L'ancien forage du château d'eau et le réseau d'arrosage
En plein cœur de Morcenx se trouvent deux forages. Si le plus récent alimente le réseau d’eau potable géré par le SYDEC, le plus ancien (construit après-guerre et prélevant l'eau à plus de 230 mètres de profondeur) offre un potentiel sous-exploité :
La géothermie basse énergie : Dans les années 80 et 90, ce forage alimentait en énergie thermique la mairie, le cinéma, les écoles des garçons et des filles (actuelle médiathèque) via une pompe à chaleur (PAC) exploitant une eau à 24 °C. Ce système a ensuite été abandonné au profit du gaz naturel. Face à la volatilité des prix des énergies fossiles et aux objectifs de décarbonation, la réévaluation de ce potentiel géothermique (pour le chauffage en hiver et le rafraîchissement passif/geocooling en été) apparaît très opportune.
Le réseau d'arrosage municipal : Ce même forage alimente l'arrosage des 2 squares autour de l’église, et celui des 2 stades (Municipal, Luxey Bonnat). Toutefois, ce réseau secondaire subit des casses à répétition notamment en raison des variations de pression à chaque déclenchement de la pompe et de conditions d’exploitation non optimales.
Solutions alternatives au remplacement complet : L’idée de création de nouvelles installations (nouveau forage) pour sécuriser l’arrosage des 2 stades peut être tentante mais le coût resterait trop important.
Il conviendrait d’abord de vérifier et reconfigurer comme il se doit les installations en place (ballons anti-coups de bélier sur le départ, programmation affinée du démarreur de pompe), tout en vérifiant l’absence de fuites d’eau sur chacune des lignes d’arrosage. Celles-ci génèrent en effet des démarrages intempestifs de la pompe de forage ; chaque arrêt et démarrage créant un coup de bélier dans les canalisations.
La mise en place d’un système de programmation nocturne (extinction automatique la nuit) et de régulation de pression pour limiter les fuites silencieuses et la fatigue des tuyauteries serait un complément.
Pour une stratégie communale globale de l’eau
L’eau potable est un produit noble, capté, filtré et traité à grand renfort d'énergie et de produits chimiques. L'utiliser pour nettoyer des voiries, arroser des terrains de sport ou alimenter des serres constitue une aberration écologique et financière.
La commune de Morcenx dispose déjà d'un patrimoine d'infrastructures hydrauliques (forages secondaires, bassins de décantation, réseaux dédiés) qui ne demande qu'à être entretenu et optimisé. Plutôt que de céder à la facilité des raccordements systématiques au réseau d'eau potable ou de s'engager dans de lourds investissements de nouveaux forages, une approche pragmatique s'impose : auditer le patrimoine hydraulique existant (forages, pompes, canalisations secondaires) engager les travaux de maintenance légers (ballons anti-bélier, variateurs électriques, nettoyages des décantations), optimiser les usages en réservant l'eau traitée aux seuls usages sanitaires et alimentaires.
Notre mouvement LA NOUVELLE MORCENX insiste : en combinant sobriété de la gestion municipale, réhabilitation de l'existant et réflexion sur les énergies renouvelables (géothermie), Morcenx pourrait devenir un exemple local de gestion durable et économe de la ressource en eau, au bénéfice direct de l'environnement et du portemonnaie des contribuables morcenais.





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