LA RÉALITÉ DE LA RÉSIDENCE SAINT-JOURS (1)
- La Nouvelle Morcenx
- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 17 heures
EPISODE 1 : LOGEMENT AU RABAIS, LIBERTÉ CONFISQUÉE

Présentée par les élus de la majorité comme le joyau du maintien en autonomie et un levier pour le territoire, la résidence Saint-Jours ressemble de plus en plus, selon ses occupants, à l'antichambre d'une maison de retraite. Entre équipements dignes d'un camping, liberté de recevoir formellement interdite la nuit et montage financier contestable, LNM a enquêté sur place…
Un patrimoine bradé et une facture salée pour la collectivité
L'histoire commence par la cession par la commune d'un patrimoine architectural remarquable local pour la somme de 115.000 euros au bailleur social ENEAL. Si l'opération était censée apporter une solution moderne et économique au vieillissement de la population, les comptes intercommunaux révèlent une réalité plus lourde : le Pays Morcenais a versé au Centre Intercommunal d’Action Sociale (CIAS qui est le gestionnaire de la résidence pour le compte du propriétaire) en 2026 une subvention d'équilibre spécifique pour la résidence autonomie de 60.000 euros qui s’ajoutent aux 175.000 euros destinés au fonctionnement du CIAS (vote du 22 avril 2026). Cette « subvention » complète le montant perçu des loyers (soit l’équivalent de 300 euros par mois en plus pour chaque logement !) car le tarif facturé au résident est plafonné par décision du Conseil départemental. En effet, lors du conseil communautaire du 22 avril 2026, suite à une question de Fabrice Lachenmaier (LNM), le Président de la Communauté de communes a indiqué, concernant cette subvention que « le budget de la Résidence Autonomie n’est pas en équilibre, comme tous les services sociaux », car dans le cas contraire cela impliquerait que les loyers demandés ne permettraient pas aux personnes du territoire de s’installer dans cette résidence.
Des appartements "high-tech"... version mobil-home
Pour un loyer de 785 euros par mois (30 euros par jour), de quoi bénéficient réellement les 20 résidents ? Sur le papier, un logement moderne (T1 de 36m2). Dans les faits, les doléances s'accumulent : pas de climatisation ni centralisée, ni individuelle mais un ventilateur plafonnier insuffisant par temps de canicule, des plaques de cuisson microscopiques pas plus grandes qu'une feuille A4, des hottes sans extraction d'air efficace, et des états des lieux estampillés « à installer » pour des équipements de base. Même la signalétique de l'ascenseur relève du bricolage, indiquant sans rire que le bouton « -1 » mène au... premier étage ! Pourtant, le Décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent impose des installations permettant une alimentation normale (plaques de cuisson adaptées à une occupation permanente et sécurisée) et un état général d'entretien et d'achèvement garantissant la sécurité des occupants.
Dans ses documents promotionnels, le groupe ENEAL se targue pourtant de proposer « des loyers modérés en conventionnement social », des « bâtiments à haute performance énergétique (panneaux photovoltaïques, isolation extérieure) pour maîtriser les charges des occupants ».
Chaleur suffocante et abandon : la colère explose sur les réseaux sociaux
Au-delà des dysfonctionnements matériels et des loyers disproportionnés, c'est l'absence d'accompagnement humain et de prise en charge en cas de forte chaleur qui scandalise les résidents et leurs proches. Sur les réseaux sociaux, l'amertume cède désormais la place au cri d'alarme. Le 23 juin dernier, une résidente a exprimé publiquement son désarroi et sa colère à l'encontre des responsables :
« Et pour les résidents de saint jours vous faites quoi ? Vous les laissez crever dans leur appartement sans un appel du CIAS, rien nada, je regrette vivement d'être venue ici. Hier 31 dans le salon et 29 dans les chambres. C’est limite non-assistance à personnes fragiles ».
Un témoignage glaçant qui pointe du doigt une température étouffante à l'intérieur des logements — atteignant 31 °C dans le séjour et 29 °C dans les chambres — combinée à un désintérêt total des services de gestion. L'absence du moindre suivi ou coup de téléphone de prévention auprès de ce public vulnérable montre que le problème dépasse le simple manque de confort : c'est la sécurité même des résidents qui semble délaissée.
Actuellement deux sondes externes mesurent la température à l’intérieur des logements, face aux plaintes des résidents, mais d’aucuns craignent déjà une main-mise sur leur consommation personnelle afin de limiter le coût total du loyer, notamment par rapport à la facturation EDF (les charges eau et électricité sont comprises dans le prix du loyer). De ce fait, et par anticipation, leur crainte est aussi d’avoir froid l’hiver prochain.
Récemment est apparu un nouveau panneau sur la résidence annonçant « la pose de panneaux photovoltaïques » suite à une autorisation municipale délivrée le 5 mai 2026.
Un témoignage nous parvient à ce sujet : « Ils n’ont pas les moyens de mettre la clim mais en trouvent suffisamment pour investir dans des panneaux solaires. A qui cela va-t-il rapporter ? »
Enfin, un technicien communal est à disposition de la résidence pour aider aux menus travaux d’intérieur (pose de tringles rideaux, petit électroménager, etc). C’est ainsi que les buttoirs des portes coulissantes entre la chambre et la pièce de vie sont des morceaux de tasseaux rajoutés qui dépareillent le reste de l’habitat, et qu’un nombre de prises électriques présentent un risque de se desceller du mur tellement elles ne tiennent pas…
« Vous n'êtes pas chez vous » : La dérive liberticide
Mais le plus choquant réside dans le statut imposé aux résidents. Alors qu'une résidence autonomie est légalement un domicile privé où la liberté individuelle prévaut, la direction applique un régime digne d'un établissement de soins surveillé. Dans un courrier officiel daté du 13 juillet 2026 qu’un résident nous a confié, la Vice-Présidente du CIAS fait un rappel à l'ordre suite au constat de « plusieurs débordements » : interdiction formelle et absolue de faire dormir qui que ce soit, famille ou petit-enfant, même pour une seule nuit ! Motifs invoqués ? « Sécurité » et « prestation non incluse dans la redevance ». Les familles visitant leurs aînés sont ainsi poliment priées d'aller à l’hôtel. Ce motif invoqué par le CIAS est juridiquement infondé : la redevance rémunère la mise à disposition exclusive du logement privatif. Le résident est chez lui et dispose du droit d'usage de son logement !
Ces contraintes abusives posent un problème légal, mais elles révèlent aussi une hypocrisie contractuelle : la Charte des valeurs partagées d'ENEAL (signée par le représentant du CIAS) garantit pourtant en théorie le respect de la dignité, la liberté des personnes et un cadre bienveillant. En imposant ce règlement disproportionné, le CIAS applique une gestion en contradiction directe avec les engagements écrits du bailleur.
Un Contrat de séjour qui étouffe le Contrat de location
Comment justifier une telle atteinte à la vie privée et familiale garanties par la loi (art.9 du Code civil), par la Convention Européenne des Droits de l’Homme (art.8) et par la Charte des droits et libertés de la personne accueillie (art.L311-3) ? Par le biais d'un « Contrat de séjour » sciemment entretenu pour flouter la frontière entre logement locatif et institution hospitalière. Le CIAS fait signer un Contrat de séjour pour un logement meublé/équipé loué à titre de résidence principale, tout en appliquant des règles d'EHPAD/établissement de soins. Les résidents payent le prix fort d'une location privée, mais subissent les contraintes d'une collectivité encadrée (accès aux logements avec pass du personnel, restrictions de visites nocturnes). Hors situation d'urgence vitale claire ou demande expresse du résident, le fait pour la direction/gestionnaire de s'introduire dans le logement privatif sans autorisation préalable s'apparente à une violation de domicile (Art. 226-4 du Code Pénal).
Il est grand temps que les élus locaux clarifient le statut de la résidence Saint-Jours. S'agit-il d'un véritable lieu de vie garant de l'autonomie de nos aînés, ou d'un centre d'hébergement sous surveillance financé à fonds perdus par les deniers publics ? Les résidents, eux, demandent simplement à être traités comme des citoyens libres et respectés dans leur propre domicile.
(A suivre : EPISODE 2 : REVENUS BRADÉS, SUBSIDES INJECTÉS : L'IMPASSE DU SURCOÛT)





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