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DÉMOCRATIE LOCALE : LE GRAND ÉCART LANDAIS

il y a 12 minutes
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« On nous montre des délibérations, soit vous êtes pour, soit vous êtes contre, on vote et point final. »


Qui a prononcé cette phrase dénonçant un fonctionnement descendant et la mise au pas du débat démocratique ? S'agit-il de Fabrice Lachenmaier, chef de file de LA NOUVELLE MORCENX, protestant contre la gouvernance de la Communauté de Communes du Pays Morcenais (CCPM) ? Non. C'est en ces termes exacts que Bérangère Sabourault, maire socialiste de Narrosse, décrivait la frustration des élus ruraux face à la gouvernance de l'agglomération du Grand Dax (Sud Ouest 24/10/2026).


C'est une ironie cinglante de la politique locale landaise : ce que des élus socialistes dénoncent avec véhémence lorsqu'ils sont minoritaires dans une agglomération dirigée par la droite est précisément ce que subissent les oppositions dans des intercommunalités plus modestes tenues par cette même majorité socialiste.


La confrontation des méthodes entre la Communauté de Communes du Pays Morcenais (CCPM), présidée par le socialiste Jérôme Baylac-Domengetroy, et le Grand Dax, présidé par le maire divers droite Julien Dubois, met en lumière des visions de la démocratie intercommunale aux antipodes les unes des autres.


Le Pays Morcenais : le « consensus » comme instrument de verrouillage


Lors du Conseil communautaire du Pays Morcenais du 16 septembre 2026, l'élu Fabrice Lachenmaier a demandé la clarification des règles de création des groupes politiques au sein du règlement intérieur, ainsi qu'un espace d'expression garanti sur le site internet de la collectivité et l'annexion d'une charte de publication.


La réponse du président Jérôme Baylac-Domengetroy a été révélatrice d'une doctrine de neutralisation du débat partisan. Opposant un refus catégorique à la constitution de groupes, le président a argué que la CCPM doit rester un « lieu de consensus » et qu'il n'est pas favorable à une « cristallisation » entre groupe majoritaire et groupe minoritaire. Selon cette rhétorique, délimiter une opposition reviendrait à « casser l'intérêt général » et à introduire de la politisation dans une instance censée s'exprimer « d'une seule et même voix ».


Cependant, sous le couvert de préserver l'« esprit communautaire », cette posture nie le pluralisme politique. Refuser de définir les conditions d'existence d'un groupe d'opposition revient à priver les minorités des moyens matériels et d'expression garantis par l'esprit du Code général des collectivités territoriales. Le consensus affiché apparaît alors comme un outil d'hégémonie visant à étouffer toute voix dissonante.


Le Grand Dax et Mont-de-Marsan : l'illustration d'une démocratie à géométrie variable


Le contraste est d'autant plus saisissant lorsqu'on regarde l'autre bout de l'échiquier départemental. Au Grand Dax, bien que les tensions politiques soient vives — illustrées par la création du groupe d'opposition « Alliance rurale citoyenne » —, le règlement de l'EPCI permet et encadre la constitution d'un groupe d'opposition, offrant aux minorités un espace formel pour s'exprimer.


Mais la preuve la plus éclatante que la tolérance démocratique dépend souvent des sensibilités locales — et non d'une règle absolue de gauche ou de droite — se trouve à Mont-de-Marsan Agglomération (également ancrée à gauche). Dans cette collectivité voisine, la gouvernance a su aller bien plus loin encore en faisant le choix d'intégrer des membres de l'opposition directement au sein même du bureau communautaire.


Comparer cette ouverture républicaine audacieuse au réflexe sectaire et restrictif du Pays Morcenais démontre à quel point la démocratie locale est à géométrie variable : là où certains voient dans l'association des minorités une source de richesse et d'équilibre institutionnel, d'autres, à l'image de la CCPM, barricadent le pouvoir derrière un « consensus » de façade pour mieux exclure le débat contradictoire.


Synthèse de la double morale locale


Lorsque Bérangère Sabourault dénonce une chambre d'enregistrement où « soit vous êtes pour, soit vous êtes contre, on vote et point final », elle formalise le sentiment d'impuissance des élus écartés. Or, c'est rigoureusement la même logique qu'impose la présidence socialiste du Pays Morcenais lorsqu'elle refuse l'existence même des oppositions au nom d'un travail collectif idéalisé.


Vers une maturité démocratique des intercommunalités


Qu'il s'agisse de grandes agglomérations ou d'une communauté de communes rurale comme le Pays Morcenais, l'intercommunalité ne peut plus être une « boîte noire » gérée par un cercle restreint à l'abri des contradictions.


Le refus du président de la CCPM de laisser s'organiser les groupes sous prétexte d'éviter les « querelles » relève d'une conception archaïque du pouvoir. Reconnaître l'existence d'une opposition, lui donner des droits d'expression et s'inspirer des meilleures pratiques d'ouverture observées ailleurs dans le département ne brise pas l'intérêt général : cela l'honore.

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